Aux Etats-Unis, Donald Trump alimente le retour de la violence en politique
Sur fond de brutalisation du monde, la vie politique américaine connaît elle aussi une accélération de la violence. Déguisé en policier avec un masque à la Fantômas, un fanatique anti-avortement a abattu une élue du Minnesota et son mari à leur domicile, le 14 juin, avant de se rendre chez un sénateur du même Etat pour le cribler de balles ainsi que son épouse (grièvement blessé, le couple est à l’hôpital). Le même week-end, le sénateur de Californie Alex Padilla était violemment expulsé, à Los Angeles, d’une conférence de presse de la ministre de la Sécurité intérieure Kristi Noem. Il souhaitait l’interroger sur les expulsions de migrants en cours.
Résultat ? L’élu démocrate a été plaqué à terre par trois policiers et menotté, un peu comme si les forces de l’ordre attaquaient la démocratie. Il faut ajouter à cette liste inquiétante le double meurtre, le mois dernier, de deux employés de l’ambassade d’Israël à Washington, l’incendie criminel contre la villa du gouverneur de Pennsylvanie en pleine nuit il y a deux mois et les deux attentats contre la vie de Donald Trump, en campagne l’été dernier.
D’une grande variété (des meurtres politiques, un crime antisémite, de la brutalité policière…), cette séquence est le symptôme d’un climat toxique où la violence verbale se traduit par des passages à l’acte. L’atmosphère viciée rappelle celle de la fin du XIXe siècle, lorsque deux présidents furent assassinés dans une ambiance de polarisation extrême, mais aussi celle, troublée, des années 1960. Apogée de la guerre au Vietnam et de la lutte pour les droits civiques, l’année 1968 fut celle de manifestations antiguerre, de répressions policières aveugles et d’assassinats de personnalités : Martin Luther King et "Bobby" Kennedy.
Mais n’existaient alors ni réseaux sociaux – ces démultiplicateurs de ressentiment – ni Donald Trump. A l’époque, les présidents ne jetaient pas d’huile sur le feu. Ils s’efforçaient d’apaiser les débats tout en veillant à garantir la liberté d’expression prévue par le premier amendement de la Constitution sans intimider personne. Et si Eisenhower a un jour mobilisé la Garde nationale contre l’avis du gouverneur – comme le fait Trump à Los Angeles –, c’était pour une bonne cause. En 1957, "Ike" envoya en effet des soldats à Little Rock (Arkansas) afin de garantir le droit d’accès à l’école de neuf adolescents noirs victimes de racisme. Il s’agissait d’éteindre un conflit, pas de l’attiser…