Iran : l'angoisse des familles des deux otages français après une frappe israélienne sur la prison d'Evin
Alors qu’Israël intensifie ses frappes sur l’Iran au 11e jour de guerre, l’angoisse monte concernant le sort des détenus iraniens et étrangers de la prison d’Evin à Téhéran, qui n’ont aucun moyen de se mettre à l’abri et dont les proches sont désormais sans nouvelles. Cette inquiétude est montée d’un cran, ce lundi 23 juin, lorsque l’armée israélienne a confirmé avoir frappé le centre pénitencier, endommageant certaines parties de l’établissement.
Cette frappe sur la prison d’Evin est "complètement irresponsable" et "met nos proches en danger de mort", a déclaré Noémie Kohler, la soeur de Cécile Kohler, Française détenue depuis plus de trois ans avec son compagnon Jacques Paris dans ce centre pénitentiaire haute sécurité.
"C’est vraiment le pire qui pouvait arriver", a réagi Noémie Kohler, qui se bat inlassablement pour faire libérer sa soeur et son compagnon, accusés d'"espionnage" et considérés comme des "otages d’Etat" par la France. "Cécile et Jacques et tous les prisonniers sont en danger de mort", a-t-elle répété, s’inquiétant aussi du risque de "chaos" et d'"émeutes" qu’une telle frappe pourrait entraîner dans la prison.
L’avocate de la famille Kohler, Chirinne Ardakani, a pour sa part dénoncé une "frappe illégale". "Le risque d’émeute, de confusion générale et de représailles des forces de sécurité sur les détenus insurgés fait craindre une effusion de sang. On joue de part et d’autre avec la vie des gens", a-t-elle déclaré à l’AFP.
La sinistre section 209 de la prison d’Evin
De nombreux "prisonniers politiques" iraniens, selon les ONG, et plusieurs détenus européens, qualifiés d'"otages" par les chancelleries occidentales, sont emprisonnés dans la section 209 de cette prison de sinistre réputation, située dans le nord de la capitale iranienne. En temps normal, les nouvelles qui parviennent à l’extérieur sont rares. Avec l’attaque israélienne en cours depuis le 13 juin, il n’y a désormais plus de communication.
Selon le site du pouvoir judiciaire iranien, Mizan Online, les bâtiments de l’établissement restaient "sous contrôle" ce lundi.
Le centre pour les droits humains en Iran (CHRI), basé à New York, a appelé récemment toutes les parties "à se conformer à la loi humanitaire internationale et à prendre des mesures immédiates pour protéger les civils, y compris ceux qui sont en détention". Le CHRI a publié un appel de la militante incarcérée Mahvash Seydal exhortant les autorités iraniennes à accorder des libérations temporaires pour "protéger les vies et la dignité des prisonniers politiques".
Cécile Kohler, enseignante, et son compagnon, Jacques Paris, ont été arrêtés en mai 2022 pour "espionnage" et sont emprisonnés depuis dans des conditions extrêmement dures, à l’isolement. Mercredi dernier, le chef de la diplomatie française Jean-Noël Barrot avait indiqué avoir "adressé aux autorités iraniennes comme aux autorités israéliennes des messages les alertant sur la présence dans la prison d’Evin de nos deux compatriotes et sur la nécessité, s’agissant des autorités iraniennes, de les libérer sans délai pour assurer leur sécurité". En mai, Jean-Noël Barrot, qui accuse de longue date l’Iran de pratiquer une "diplomatie des otages", avait estimé à 20 le nombre d’Européens ou binationaux détenus, "professeurs, chercheurs, journalistes, touristes".