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La confiance dans la science est à géométrie variable, par Franck Ramus

Tous les résultats scientifiques auxquels nous sommes exposés ne sont pas les bienvenus. Ceux qui remettent en cause des croyances fermement établies ou qui nous semblent incompatibles avec nos valeurs activent chez nous des défenses vigoureuses. Travaillant moi-même sur des sujets pour certains controversés, j’ai régulièrement l’occasion de le constater : je reçois bien plus de protestations lorsque j’expose des résultats sur, par exemple, les différences entre les sexes, ou sur les influences génétiques sur les capacités cognitives, que lorsque je parle des mécanismes de l’acquisition du langage.

Ce phénomène a déjà été décrit dans les années 1950 par le chercheur américain Leon Festinger, qui a inventé le concept de "dissonance cognitive". Ce dernier désigne le sentiment d’inconfort découlant du conflit entre des faits nouveaux et des croyances préalables : il faut soit réviser ses croyances, soit rejeter les faits nouveaux. Les travaux de Festinger et ses successeurs ont montré que nous réduisons souvent cette dissonance en déployant diverses stratégies cognitives pour rejeter les faits offensants et ainsi préserver nos croyances.

Un usage fallacieux des arguments critiques ?

Une équipe de chercheurs en psychologie de l’université de Pennsylvanie a mené récemment une série d’études sur ces stratégies, qu’ils surnomment "chicanerie cognitive". Pour ce faire, ils ont fait lire à des participants des résumés fictifs d’études scientifiques. Ces résumés étaient rédigés en deux versions quasiment identiques et distribués à des participants différents. Ils différaient de quelques mots seulement, afin de rendre le résultat plus ou moins dérangeant. Le premier résumé indiquait que les chercheurs hommes sont de meilleurs mentors scientifiques que les femmes (une version pouvant être jugée sexiste). La version contrôle, inversant les deux sexes, était tout aussi inégalitaire, mais à l’avantage des femmes. L’hypothèse des chercheurs était que la première version susciterait plus d’évaluations désapprobatrices que la seconde.

Pour évaluer dans quelle mesure les participants étaient plus enclins à convoquer de mauvais arguments afin de critiquer les "résultats offensants", les chercheurs leur ont présenté différents commentaires et demandé d’indiquer avec lesquels ils se sentaient le plus en accord. La première catégorie de commentaires était une série de procédés rhétoriques répertoriés par le philosophe allemand Arthur Schopenhauer comme "l’homme de paille", qui consiste à rejeter une version exagérée de la position cible, ou l’argument ad personam, qui vise à attaquer la qualité ou les intentions de l’auteur, par exemple en le qualifiant de sexiste.

La deuxième catégorie, nommée "confusion motivée", jugeait que l’exposé des méthodes et/ou des résultats était confus. Le troisième type d’arguments, baptisé "postmodernisme motivé", visait à affirmer qu’il est impossible d’étudier scientifiquement et objectivement le sujet en question. Les derniers arguments, eux, pinaillaient sur le choix des mots. Les chercheurs se sont même amusés à proposer des arguments mutuellement contradictoires, comme : "Ces résultats sont connus depuis longtemps et n’ont pas besoin d’être rediffusés" et "Ces résultats semblent absurdes."

De manière générale, les participants étaient plus en accord avec les arguments désapprobateurs pour la "version dérangeante" des résumés que pour leur version contrôle. Comme ces paires de résumés étaient strictement identiques hormis le résultat, l’augmentation de l’adhésion aux "arguments chicaniers" ne pouvait pas être expliquée par la qualité de la recherche, mais seulement par le caractère dérangeant de l’un des deux résultats. Ce qui démontrait un usage fallacieux des arguments critiques, selon les chercheurs.

Notons que ces raisonnements motivés peuvent marcher dans les deux sens. Lorsqu’un résultat scientifique conforte ce que vous croyez déjà, ou ce que vous avez envie de croire, c’est là qu’il faudrait redoubler de vigilance ! Car c’est dans de telles circonstances que notre esprit critique abaisse le plus la garde et que nous sommes le plus à risque de prendre pour argent comptant des résultats peu probants, que nous rediffuserons ensuite volontiers à l’appui de nos positions.

Remettre en cause des croyances, l’essence même de la science

Ces résultats ont de quoi inquiéter, car ils montrent que l’adhésion de la population à la démarche scientifique n’est pas neutre et inconditionnelle, mais qu'elle est à géométrie variable. Nous acceptons aisément les résultats scientifiques qui confortent nos croyances ou nos valeurs et nous trouvons des raisons fallacieuses de les rejeter dans le cas contraire. Or, tous nos désirs ne sont pas nécessairement la réalité. C’est l’essence même de la science que de remettre en cause les croyances et les visions du monde antérieures, même fermement établies. Si la science ne le faisait pas, nous aurions encore une vision géocentriste de l’univers.

Plus inquiétant encore, les participants étaient également plus enclins à vouloir censurer la version dérangeante des résultats. Une autre étude menée par la même équipe, cette fois sur des chercheurs, a d’ailleurs montré que ceux-ci étaient eux-mêmes enclins à auto-censurer leur expression sur les résultats scientifiques qu’ils jugeaient vrais mais dérangeants, par crainte de représailles. Ces tendances sont de nature à distordre les résultats produits par la science et leur diffusion.

Ces travaux montrent à quel point il reste nécessaire d’expliquer que la valeur de la science réside dans le fait qu’elle fournit des réponses fiables à nos questions, même lorsqu’elles ne sont pas celles que l’on souhaite. Si le monde était parfaitement conforme à nos attentes et à nos désirs, il n’y aurait nul besoin de la science pour le comprendre.

Franck Ramus, chercheur au CNRS et à l’Ecole normale supérieure (Paris)

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