De "L'Odyssée" au "Bureau des légendes" : pourquoi l'art raffole des "kompromats"
François Cluzet en Carlos Ghosn. En avril 2021, le studio Federation Entertainement annonçait le tournage prochain d’une mini-série sur l’ancien patron de Renault, avec l’acteur français dans le rôle-titre. Pas une année ou presque sans qu’un "kompromat" réel ne soit adapté en fiction. En 2019, la BBC consacre une série à l’affaire Profumo, la relation trouble entre un ministre britannique et une prostituée de luxe, suivie par le KGB, en 1963. En 2022, sort Kompromat, avec Gilles Lellouche, film inspiré des déboires de Yoann Barbereau, un directeur de l’Alliance française emprisonné en Russie pour des motifs fallacieux. En 2023, la chaîne britannique ITV diffuse Stonehouse : député, amant et espion, une série sur la vie rocambolesque de l’homme politique John Stonehouse, devenu informateur des services secrets tchèques après un probable chantage sexuel à Prague.
Parce qu’il met à l’épreuve la fragilité des hommes, piégés par leurs désirs ou broyés par un système auquel ils pensaient échapper, le kompromat constitue un matériau romanesque prisé, dans des séries, comme House of Cards, Baron noir, Le Bureau des légendes ou The Americans.
Cet attrait vient de loin : qu’est-ce que Bel Ami, de Maupassant, ou les Liaisons dangereuses, de Chorderlos de Laclos, sinon des histoires de kompromats ? Dans l’œuvre de Chrétien de Troyes, entre 1230 et 1240, la fée Morgane est prête à toutes les manipulations pour révéler l’infidélité de la reine Guenièvre avec le chevalier Lancelot. Dès l’Antiquité, dans l’Odyssée, Pénélope, l’épouse d’Ulysse, doit résister au chantage de ses prétendants. Vieux comme le monde, le complot ?