Northvolt : le champion des batteries électriques européennes racheté par une start-up américaine
Une "fourmi" américaine qui rachète un "éléphant" européen. Le groupe suédois Northvolt achève de céder son activité en Pologne, en Suède et en Allemagne à la start-up américaine Lyten, comme l'a annoncé ce dernier le 7 août. Fondé en 2016, Northvolt était considéré comme la pierre angulaire des tentatives européennes de rattraper l’Asie et les États-Unis dans la production de batteries électriques pour voitures. Il était devenu l’un des plus grands fabricants européens de batteries lithium-soufre pour les véhicules électriques, employant plus de 5 000 salariés rien qu’en Suède.
Un ralentissement de la demande, accompagné d’une énorme dette avait poussé Northvolt à déposer le bilan en mars dernier. En juin 2024, BMW avait également annulé une commande de 2 milliards d’euros (1,9 milliard de francs) passée en 2020, pointant notamment des retards de livraison. C’est finalement une startup californienne revendiquant quelque 325 salariés qui rachète l’entreprise pionnière, dont les batteries électriques décarbonées entretenaient l’espoir d’un véritable développement d’une industrie verte européenne.
Des doutes sur les capacités de relance par Lyten
"C’est David qui achète Goliath" résume étonné le journal suédois Svenska Dagbladet en réaction à l’annonce, selon qui la firme américaine ne dispose que de 540 millions d’euros de financement pour relancer la production, alors que Northvolt avait collecté près de 15 milliards durant son existence pour faire tourner ses sites de production et de conception. C’est "une fourmi qui s’attaque à un éléphant blessé", plussoie le quotidien Dagens Nyheter, qui estime quant à lui que "Lyten nous laisse dans l’incertitude" en assurant que "des investisseurs privés" rejoindraient plus tard l’opération de remise sur pied de l’entreprise en faillite.
On ne connaît pas le prix de rachat de Northvolt, mais selon le communiqué publié par Lyten, la valeur de l’ensemble des actifs rachetés est estimée à 5 milliards de dollars. Cette nouvelle acquisition comprend Northvolt Ett, l’usine principale du fabricant de batteries européen, située à Skelleftea dans le nord de la Suède, ainsi que son centre de recherche et de développement à Västeras, et le site en cours de construction de Northvolt Drei, en Allemagne. C’est la deuxième partie de l’opération de reprise de Lyten qui se concrétise aujourd’hui. En juillet, la firme américaine avait déjà racheté la méga usine de Northvolt à Gdansk en Pologne, qui produit des systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) destinés à stocker l’énergie solaire et éolienne.
"La société suédoise a connu une croissance rapide mais a peut-être vu trop grand" juge aujourd’hui le journal suisse Le Temps dans une analyse de la transaction. "Au moment de sa faillite, elle comptait six gigafactories en fonctionnement ou en cours de construction, pour une dette de 5,84 milliards de dollars" précise le média. Sa chute n’a pas provoqué de mobilisation en Europe pour tenter de sauver l’entreprise.
Batteries vertes et matériaux locaux
Pour son nouveau propriétaire américain Lyten, cette acquisition est une aubaine. En juillet dernier déjà, elle se félicitait de l’acquisition du site polonais de 25 000 mètres carrés qui "accélère l’expansion des batteries lithium-soufre de Lyten en Europe et lui fournit la capacité de production nécessaire pour répondre à la demande sur le marché croissant des BESS" se félicitait-elle dans un communiqué. Selon Lyten, le segment BESS connaît la croissance la plus rapide du marché des batteries, en raison de la demande d’énergie des centres de données et de la nécessité d’assurer la résilience du réseau électrique en Europe et en Amérique du Nord.
Le charme de ces batteries européennes vient aussi du fait qu’elles n’utilisent pas de nickel, de manganèse, de cobalt ou de graphite, qui ne sont pas extraits ou traités en grandes quantités en Europe ou aux États-Unis. "Le message des clients européens est qu’ils veulent que les systèmes de stockage d’énergie soient fabriqués en Europe en utilisant des chaînes d’approvisionnement locales exemptes de risques géopolitiques", a déclaré Lars Herlitz, président et cofondateur de Lyten.
Si des inquiétudes subsistent quant aux véritables capacités de reprise de la petite entreprise américaine, elle éloigne néanmoins la crainte d’une prise de contrôle par le géant chinois CATL, qui avait manifesté son intérêt pour Northvolt dès 2024.