Budget des Etats-Unis : tout comprendre au shutdown qui paralyse l’administration
En raison d’un désaccord sur le budget de l’Etat fédéral américain entre Démocrates et Républicains, les Etats-Unis sont entrés ce mercredi 1er octobre à 00h01 (06h01 heure française) en "shutdown". Cela signifie l’arrêt de fonctionnement d’une partie de l’administration fédérale. Le dernier "shutdown", de fin décembre 2018 à fin janvier 2019, durant le premier mandat de Donald Trump, avait duré 35 jours, un record. Voici ce qu’il faut savoir.
Qu’est-ce qu’un shutdown ?
Les Etats-Unis sont entrés mercredi en situation de "shutdown", avec l’expiration officielle à minuit du budget du gouvernement. Il s’agit de la mise à l’arrêt d’une partie de l’administration fédérale. Concrètement, plusieurs centaines de milliers de fonctionnaires vont être mis au chômage technique et de fortes perturbations sont attendues pour les usagers des services publics.
Il s’agit d’une situation très impopulaire aux Etats-Unis, inédite depuis sept ans, et pour laquelle chaque parti se rejette déjà la responsabilité.
Pourquoi les négociations ont-elles échoué ?
Si les républicains disposent de la majorité aux deux chambres du Congrès, le règlement du Sénat fait qu’un texte budgétaire devra être adopté à 60 voix sur 100, nécessitant donc au moins sept voix démocrates.
Donald Trump a reçu lundi à la Maison-Blanche les principaux responsables républicains et démocrates du Congrès, une rencontre qui n’a fait que confirmer l’impasse des négociations. D’un côté, les républicains proposent une extension du budget actuel jusqu’à fin novembre. De l’autre, les démocrates veulent obtenir le rétablissement de centaines de milliards de dollars en dépenses de santé, notamment dans le programme d’assurance santé "Obamacare" pour les ménages des classes populaires, supprimés par l’administration Trump.
Les démocrates "veulent tout fermer, nous ne le voulons pas", a déclaré Donald Trump mardi depuis le bureau Ovale, avant de menacer : "Nous pouvons, durant le shutdown, faire des choses qui sont irréversibles, qui seront mauvaises pour eux. Comme licencier de nombreuses personnes".
De leur côté, les démocrates dénoncent le manque de volonté de négociation. "Ce n’est pas une question d’orgueil", a affirmé lors d’un point presse le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer. "C’est parce que les Américains souffrent de coûts plus élevés à travers le pays, que ce soit à cause des droits de douane, des coûts de l’énergie ou des coûts alimentaires", a-t-il ajouté, dénonçant des coûts de santé qui "grimpent en flèche". "Nous avons la volonté et la capacité de trouver une voie d’entente", a pour sa part assuré mardi le chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, Hakeem Jeffries. Mais "nous ne soutiendrons pas un projet de loi partisan républicain qui continue à démanteler le système de santé américain, ni maintenant, ni jamais", a-t-il ajouté devant le Capitole de Washington.
En mars, alors que la menace d’un "shutdown" planait déjà, les républicains avaient refusé d’engager le dialogue sur les énormes coupes budgétaires et le licenciement de milliers de fonctionnaires décidés par l’administration Trump. Dix sénateurs démocrates, dont Chuck Schumer, avaient alors voté à contrecœur pour le texte des républicains, afin d’éviter la paralysie fédérale.
Quelles sont les conséquences d’un shutdown ?
Le Bureau budgétaire du Congrès estime que quelque 750 000 fonctionnaires seront quotidiennement mis au chômage technique, avec une solde différée. La situation varie selon la catégorie d’agents gouvernementaux. Ceux considérés comme étant "essentiels" doivent continuer à venir travailler mais sans être payés. Cela concerne notamment les militaires en service actif, les forces de sécurité, le contrôle aux frontières ou encore les contrôleurs aériens mais aussi l’entretien des réseaux électriques ou les soins médicaux hospitaliers.
Pour les agents "non essentiels", la paralysie entraîne du chômage partiel, sans rémunération, jusqu’à ce qu’un budget soit voté. Concrètement, cela implique la fermeture de parcs nationaux et des musées, plus de temps pour passer la sécurité dans les aéroports, une réduction des contrôles sur l’alimentation ou l’environnement ainsi que des perturbations pour certains programmes d’aide alimentaire.
Le trafic aérien pourrait être affecté tandis que le versement de nombreuses aides sociales devrait être fortement perturbé. Les dépenses liées aux retraites ou aux programmes de santé à destination des personnes à bas revenus et âgées (programmes Medicare et Medicaid) devraient être maintenues mais les demandes d’inscriptions repoussées, précise sur son site le Comité pour un budget fédéral responsable (CFRB), une organisation bipartisane. Il estime que 10 000 demandes quotidiennes avaient été repoussées durant le précédent "shutdown", en 2018.
Autre conséquence : la publication de statistiques économiques pourrait être retardée, augmentant l’incertitude. Selon les calculs des analystes de la compagnie d’assurance Nationwide, chaque semaine de "shutdown" pourrait en outre réduire la croissance annuelle du PIB américain de 0,2 point de pourcentage.
Combien de temps cela peut-il durer ?
Le "shutdown" le plus long de l’histoire des États-Unis, et également le dernier en date, a duré 35 jours, en décembre 2018 et janvier 2019, déjà sous la présidence de Donald Trump. En moyenne, depuis le premier en 1976, les shutdowns ne durent toutefois que huit jours.
La paralysie peut durer aussi longtemps que le bras de fer continue si aucun camp ne décide de faire un pas vers l’autre.