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Ida Nel, la sulfureuse patronne de Mayotte : enquête sur ses secrets et ses méthodes

Ce jour-là, Ida Nel n’a rien changé à ses habitudes. Comme à l’ordinaire, elle a attrapé son gilet jaune et son casque de chantier, s’est hissée dans son 4X4 brinquebalant et a avalé les 17 kilomètres parsemés de nid-de-poule qui séparent Mamoudzou, la capitale de Mayotte, au port de Longoni. Son port. Ses affaires. Sa vie. Quelques mains à serrer, une affaire à conclure, des dockers à cajoler. Chevelure noir corbeau, silhouette imposante, reconnaissable entre toutes dans le fatras des containers, le ballet des engins de manutention et le tourbillon des grues. Des revers de fortune, la septuagénaire en a connu. La justice a tant de fois essayé de la rattraper. "C’est comme les préfets, ils m’emmerdent. Ils restent deux ans et puis s’en vont, moi ça fait 47 ans que je suis ici", glisse-t-elle à un proche. Ils ne sont pas près de la déloger, Ida. Elle fanfaronne, sourit au ciel qui lui a tant donné. Et ourdit sa défense.

Le 16 juin 2025, le tribunal administratif de Mayotte a tranché dans le long feuilleton judiciaire qui oppose la femme la plus puissante de l’Ile à l’Union maritime de Mayotte (UMM), une association qui regroupent les entreprises du port, importateurs, transitaires, logisticiens… Dans un an, la délégation de service public qui lie Mayotte Channel Gateway, l’une des nombreuses sociétés d’Ida Nel, au conseil départemental, propriétaire du port, s’arrêtera tout net. Pratiquement deux ans avant la fin du contrat. En clair, plus de cordon entre la richissime femme d’affaires et le poumon du département le plus pauvre de France. Un séisme à 8 000 kilomètres de Paris.

Dix mois après le passage du cyclone Chido, l’île survit. Comme à l’accoutumée. Le taux de chômage culmine à 29 %, quatre fois celui de la France métropolitaine. Partout, des chantiers en cours, pyramides de sable, ciments et briques. L’immigration clandestine n’a guère reflué, l’hôpital reste saturé. Les 114 000 gamins ont fait leur rentrée, le cartable dans les gravats. La reconstruction des écoles a pris du retard. Certes, l’inflation a décéléré mais le coût de la vie reste en moyenne près de 10 à 15 % supérieur à celui de la métropole alors que le niveau de vie médian y est 7 fois plus faible. A Mayotte, près de 90 % des produits consommés sont importés. Celui qui a les clefs du port a la main sur le destin économique de l’île.

Ida Nel les avait depuis 2013. Dans l’arrêt du tribunal administratif, les charges avancées à son encontre sont sévères : tarifs illégaux, prestations fictives, comptabilité opaque, investissements hasardeux, réglementation non respectée… "On a enfin été entendu. Depuis 2016, on ne cesse d’alerter sur la gestion catastrophique du port de Longoni, elle a tout fait pour ralentir les enquêtes", défend Norbert Martinez, le directeur de l’UMM.

La "patronne", comme la surnomment les Mahorais, a accepté de répondre à nos questions en visio. Ponctuelle, elle apparaît à l’écran de son ordinateur, petite lunette d’acier glissant sur le nez. Sereine. Souriante. Un amoncellement de dossiers autour d’elle. "On va faire appel. Je sais que je vais gagner. Le problème, c’est le conseil départemental qui n’a pas fait son boulot. L’Etat, lui, sait qu’il peut compter sur moi", jure-t-elle. Bravache jusqu’au bout. Le port sans elle ? Pierre Baudet, l’un des plus gros producteurs de poulets et d’œufs de l’île, s’enflamme : "Ceux qui veulent la peau d’Ida, on verra bien ce qu’ils sont capables de faire. Je leur souhaite bon courage."

A Mayotte, Ida Nel échauffe les esprits, divise la communauté. Politiques, chefs d’entreprise, collectifs de citoyens. Chacun a choisi son camp. "Vous n‘avez pas autre chose à écrire sur Mayotte que ce papier sur Ida Nel", s’exclame la députée Estelle Youssouffa (groupe LIOT), qui a refusé de répondre à nos questions.

Sous couvert d’anonymat, la parole se libère. "Vous savez, elle fait peur Ida". Et puis, elle sait être généreuse quand il faut. Payer les soins médicaux de l’enfant d’un syndicaliste un peu trop vindicatif, régler les factures d’avocat d’un proche trop remuant, trouver un job pour la compagne d’un éventuel adversaire. Évidemment, rien d’illégal. "C’est une femme d’action, une visionnaire qui a énormément fait pour le développement économique de l’île. Après, ses méthodes sont un peu rudes. Les règles, elle n’a jamais compris à quoi ça servait", raconte un ancien préfet de Mayotte. Une femme dont la fortune dépasse les 376 kilomètres carrés du département. L’Afrique du Sud, l’île Maurice et même la métropole où elle est propriétaire d’un domaine viticole en Bourgogne, le domaine de Flavigny-Alésia. Elle a l’opulence discrète, Ida Nel. Pas du genre à étaler ses millions.

"Alors comme ça, vous écrivez un article sur moi ? fait mine de s’interroger l’intéressée au début de notre entretien. Et pourquoi ?". Les "r" roulent au fond de sa gorge, sa voix grimpe d’une octave à chaque fin de phrase. Curieuse mélodie qui ne doit rien à la langue de Molière qu’elle maîtrise mal. "Je ne suis pas française, je ne suis pas mahoraise, je ne suis pas africaine. Je suis un peu de tout ça", résume-t-elle.

Ida Nel est surtout une aventurière. Une date à retenir dans son roman personnel : le 24 avril 1979. Un petit voilier aborde les côtes de Grande-Terre, la principale île du département. A bord, Ida, son mari Lukas et leur fils de six ans. Ils ont quitté quelques semaines plus tôt Le Cap, en Afrique du Sud. Les conditions du départ du jeune couple font partie de la légende que la femme d’affaires entretient depuis des décennies. A la fin des années 1970, l’apartheid étrangle et isole le pays.

Ida, née Vender, a grandi à Boksburg, une ville minière du nord-est. Une famille d’Afrikaners. Maman, femme au foyer, papa employé des chemins de fer sud-africains. Une inscription à l’université de Johannesburg en économie - elle s’imagine commissaire aux comptes. Coup de foudre avec Lukas. Les deux tourtereaux quittent les bancs de la fac et se lancent dans les affaires. Des enseignes de vidéo clubs. Joli succès. Mais, lui, se rêve en golfeur professionnel. "Moi, j’ai surtout poussé le caddie", raconte-t-elle aujourd’hui.

Sur un coup de tête, le jeune couple aurait acheté un voilier pour se lancer dans un tour de monde. La réalité, c’est que Lukas, qui a servi trois ans dans l’artillerie, n’a guère envie de rempiler alors que l’Afrique du Sud est en guerre avec la Namibie (l’ex-Afrique de l’Ouest). Ils accostent un peu par hasard à Mayotte, ne prévoient d’y rester que quelques semaines. "Très vite, on s’est aperçu qu’il y avait tout à faire. A Grande-Terre, il n’y avait que trois voitures". La DST les soupçonne un temps d’être des agents travaillant pour les services sud-africains. "Des conneries, que des conneries", balaye la femme d’affaires.

Le couple s’invente alors un avenir d’importateurs et de commerçants. Leur premier coup : la vente en quelques jours seulement de deux containers frigorifiques, débarqués et installés en plein air sous les cocotiers d’une plage de Petite-Terre. Une première épicerie, une deuxième. Puis vient le premier supermarché de l’île, bientôt toute une chaîne de distribution. Ils importent quasiment tout ce que Mayotte ne produit pas : riz, chocolat, alcool… Et surtout ces fameux mabawas, des ailes de poulets venues du Brésil que les Mahorais font griller ou frire et qui deviendront en peu de temps leur aliment de base.

Mais Lukas est malade et décède d’un cancer du cerveau en 1994. Ida va alors tenir seule les rênes de leur petit empire. Surtout, elle voit bien plus grand que son golfeur de mari. Elle se lance dans l’immobilier. Achète des terrains qui ne valent rien. Développe la première zone industrielle non loin du port - la zone industrielle Nel. Aménage des entrepôts, de nouveaux quartiers, des lotissements aux noms verdoyants : les 3 Vallées, le Val-Fleuri, le Haut-Vallon. La Sud-Africaine devient la patronne du Medef local, préside la Chambre de commerce et d’industrie. Ida donne le la.

En 2011, alors que l’île s’embrase pendant une cinquantaine de jours, elle disparaît brusquement. Serait-elle séquestrée ? La préfecture est sur les dents. Elle réapparaît quelques jours plus tard entourée d’un collectif de femmes, des anciennes "chatouilleuses" - les sorodas wa Maore -, ces femmes-soldats mahoraises qui se sont battues dans les années 1960 et 1970 contre les indépendantistes. Coup de com fabuleux. Elle défend la baisse des prix, relayant les revendications de la population et notamment de celles qui font bouillir la marmite.

La départementalisation de l’île lui offre sur un plateau son plus beau trophée, le port de Longoni. En 2013, l’Etat rend les clés de la principale infrastructure de l‘île au conseil départemental qui décide de les confier à un partenaire privé, via une délégation de service public. Un appel d’offres est lancé. Deux candidats s’affrontent. Ida Nel et le groupe canadien SNC Lavalin, qui opère déjà l’aéroport de Mayotte et des dizaines de ports dans le monde. Le conseil départemental vote à la quasi-unanimité en faveur de la candidate locale. "On s’est rapidement aperçu qu’elle n’avait pas les compétences, avec une gestion plutôt floue des comptes", accuse Mansour Kamardine, l’ancien député LR de Mayotte. En 2016, la flambée des prix de tous les services du port met le feu sur les quais. Des tarifs prohibitifs et illicites, c’est-à-dire fixés sans l’accord du département, accusent ses détracteurs. Les importateurs sont obligés de régler rubis sur ongle s’ils veulent que leurs containers soient débarqués.

En 2017, un premier rapport de la Cour des comptes étrille l’organisation du port de Longoni. "Le département n’a pas organisé le bilan d’ouverture de la délégation ; il n’a pas transféré la trésorerie correspondante au délégataire. Ce dernier n’a transmis ni rapports annuels, ni comptes conformes à la réglementation, ni plans d’investissement", écrivent les magistrats. Ida Nel fait ce qu’elle veut, dicte son tempo, impose ses propres règles, comme lorsqu’elle remblaie une partie de la mangrove, faisant fi de toutes les réglementations environnementales.

En 2020, Edouard Philippe à Matignon tente de faire la lumière sur les pratiques de la délégataire. Une commission spéciale sur la vérité des prix est créée. Elle fait chou blanc : Ida Nel ne répond à aucune des invitations qui lui sont adressées. Un an plus tard, les gendarmes de l’Autorité de la concurrence se cassent aussi les dents. Des dizaines de relances et de questionnaires envoyés en vain. Une amende de 100 000 euros pour obstruction à l’instruction est prononcée. Selon nos informations, l’Autorité de la concurrence n’a toujours pas refermé le dossier. Même le parquet national financier est sur l’affaire. Deux jours de garde à vue pour la patronne en 2022, des tonnes de documents saisis dans ses bureaux et une enquête pour fraude fiscale aggravée et blanchiment d’argent toujours en cours.

Dans un rapport confidentiel datant de janvier 2024, le secrétariat général pour les affaires régionales, bras armé de la préfecture sur les dossiers économiques, pointe les droits de port prohibitifs de l’île. Pour un conteneur de 25 tonnes de riz, ils atteignent 200 euros à Mayotte contre 68 euros à la Réunion, 30 euros à Marseille et 8 euros au Havre. De même, pour un conteneur de 20 tonnes d’électroménager, la facture grimpe à 960 euros à Mayotte contre 136 euros à la Réunion. Des taxes directement répercutées aux consommateurs.

La suite ? Dans la loi pour la reconstruction de Mayotte voté au cœur de cet été, le gouvernement a prévu de reprendre la main sur le port de Longoni pour en faire un "grand port d’Etat". Fini, à terme, la délégation de service public. Un projet indispensable pour l’essor de l’île, explique-t-on au cabinet de Manuel Valls, le ministre des Outre-mer. "Forcément, c’est le chant du cygne pour Ida Nel", commente un élu local. Pourquoi ne pas passer la main, lui demande-t-on à la fin de notre entretien ? "Je n’arrêterai jamais. On m‘enterrera avec mes dossiers", prévient-elle. Cette fois, les "r" dans la gorge ont roulé un peu plus fort.

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