Reconnaissance de la Palestine : non, le discours d’Emmanuel Macron n’est pas anti-israélien
Les modérés parmi les amis d’Israël ont raison : on peut trouver à redire au discours présidentiel tenu à la tribune des Nations unies le 22 septembre dernier, à commencer par le timing de la reconnaissance de la Palestine dont il est porteur. En pleine guerre, sans la moindre perspective de processus de paix, alors que le Hamas n’a pas libéré les derniers otages, et face à un gouvernement israélien ultra-nationaliste, l’initiative française (même rejointe par plusieurs Etats, dont le puissant Royaume-Uni) n’est que symbolique et n’aura guère d’effet sur le terrain.
Et si l’Etat palestinien ne vit effectivement pas le jour après le partage de 1947 - plan onusien rappelé et salué par le président -, c’est du fait du refus et de la guerre du Haut Comité arabe de Palestine et de tous les Etats arabes. Parmi eux, Egypte et Jordanie allaient indûment occuper Gaza et Cisjordanie de 1949 à 1967 sans jamais permettre aux Palestiniens de s’y émanciper.
Mais on ne peut pour autant tenir ce discours pour anti-israélien ni même antisioniste. Et ce, en raison des huit éléments suivants.
D’abord sur la forme :
1/La toute première mention d’urgence concerne les 48 otages israéliens, avant même l’évocation du sort désastreux de la population à Gaza, et ils sont mentionnés, voire nommés à six reprises. En écho à la cérémonie solennelle organisée le 7 février 2024 aux Invalides, unique au monde par son ampleur, sachant que l’ambassade n’ouvrira (où ?) qu’une fois ceux-ci libérés.
2/L’auteur pointe "la barbarie du Hamas", et le terme "terroriste" est employé quatre fois et en lien direct avec le massacre contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2025. Cette formule flétrit non seulement le groupe terroriste palestinien mais l’ensemble de l’islamisme radical.
3/Jamais le terme outrancier et ici inapproprié de "génocide" n’est employé.
4/L’unique ancien homme d’Etat proche-oriental à bénéficier d’un hommage appuyé est israélien, Itzhak Rabin, qualifié de "guerrier héroïque de l’Etat d’Israël".
Terme novateur
Ensuite et surtout, sur le fond.
1/Le sionisme, soit l’idéal d’indépendance du peuple juif, est légitimé d’entrée par le rappel du "destin de ce peuple après des millénaires d’errance et de persécutions", Emmanuel Macron évoquant même "une belle démocratie" et dénonçant "les obsessions antisionistes", appelant de surcroît à "ne plus discuter nulle part l’existence d’un Etat d’Israël et d’en faire une évidence".
2/Il assume avoir ordonné à ses armées de défendre le sol israélien contre des missiles iraniens [NDLR : dans le ciel jordanien, en 2014] ; point essentiel car nul traité d’alliance militaire ne lie les deux pays, et seul lui-même, chef des armées, pouvait prendre cette lourde décision.
3/Ne se bornant pas à disqualifier le Hamas, le président appelle à ses "démantèlements et désarmement", ce qui revient à valider le nouveau rapport de force imposé par Tsahal ; on notera au passage que Paris et Washington ont convaincu les régimes arabes de l’exiger aussi.
4/L’Etat de Palestine qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux sera "démilitarisé". Ce terme est très novateur dans la diplomatie française et introduit une réelle perspective ; depuis le pogrome ("cauchemar historique") du 7-Octobre, les Israéliens rejettent unanimement une armée palestinienne à proximité de leurs villes et villages (idem pour l’Egypte et la Jordanie voisines !) et la France leur en donne à présent quitus, même si des garanties seront exigées.
Alors, ce discours favorise-t-il les assassins du Hamas ou leurs idiots utiles d’extrême gauche ? Certes pas, puisque le groupe fanatiquement antisémite a toujours rejeté – par définition – la solution des deux Etats, et bien sûr son autodésarmement. Encourage-t-il l’antisémitisme ? L’assertion est grotesque ; ce fléau est bimillénaire, pluriel et mutant, et ses adeptes n’ont pas attendu une initiative française, la destruction de Gaza ni même la proclamation d’Israël en 1948 pour vociférer et meurtrir !
Est-il favorable à l’Autorité palestinienne ? Oui, celle qui reconnut Israël au début du processus d’Oslo en 1993 et qui coopère avec lui contre le… Hamas, son mortel rival. Enfin, ce discours est-il hostile à la politique de l’actuelle coalition incluant une extrême droite hallucinée ? En effet, – comme la majorité des Israéliens, dont de hauts gradés –, mais pas à l’Etat juif, à sa légitimité profonde et moins encore à sa population. Talleyrand disait juste : "tout ce qui est excessif est insignifiant".