Argent : nos conseils pour protéger votre assurance-vie
2025 est une année faste pour l’assurance-vie. Tous les voyants sont au vert avec une collecte nette (versements – prestations) de 30,7 milliards d’euros à fin juillet - presque deux fois plus qu’en 2024- et des encours atteignant 2 050 milliards d’euros - du jamais vu. "Ces résultats témoignent du retour en force de ce produit, qui devrait continuer sur sa lancée avec la baisse du taux du livret A et la fermeture progressive des PEL de plus de 15 ans en 2026", analyse Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne. Il ne faut pas se méprendre pour autant : bardée d’avantages, l’assurance-vie est aussi un terme générique qui recouvre des centaines de contrats de qualité inégale. Voici cinq conseils pour en faire bon usage.
1) Multipliez les assureurs en cas de capitaux importants
"On ne met pas tous ses œufs dans le même panier." L’adage est évidemment valable en matière d’épargne. Côté assureurs vie, le risque de faillite est minime selon le gendarme du marché (l’autorité de contrôle prudentiel et de résolution, ACPR). Il est toutefois plus sage de diversifier ses avoirs entre plusieurs compagnies s’ils sont significatifs. Théoriquement, en cas de banqueroute d’un assureur, le fonds de garantie des assurances de personnes indemniserait chaque assuré à hauteur de 70 000 euros maximum. Dans les faits, ce fonds (jamais actionné depuis sa création en 1999) serait impuissant face au naufrage d’une compagnie de taille moyenne, dont les contrats seraient alors transférés chez un concurrent.
Côté diversification, sachez que certains établissements (comme Generali ou Suravenir) distribuent leurs contrats via différents réseaux. Soyez donc prudents : ouvrir un contrat chez un courtier en ligne et un autre chez un agent général peut vous conduire chez un même assureur. Dernière menace : la possibilité pour les pouvoirs publics de bloquer les retraits sur les contrats en cas de "crise systémique" (loi Sapin II). Nous n’y sommes pas, mais pour éviter une telle éventualité, les contrats luxembourgeois sont préconisés par les professionnels.
2) Rendement : faites le tri des fonds en euros
Les Français sont majoritairement accros au sans-risque, a fortiori quand l’environnement devient anxiogène. Voilà pourquoi 60 % des versements atterrissent peu ou prou sur le fonds en euros, présent dans toute assurance-vie. Ce support financier, qui prémunit le capital investi (net de frais d’entrée) contre toute baisse, est revalorisé chaque année par l’assureur, à 2,60 % net en moyenne en 2024 (hors prélèvements sociaux). Il devrait en être de même en 2025 et en 2026. "Les supports en euros pourront compter sur le maintien de taux longs obligataires élevés en raison des importants besoins de financement des États", argumente Philippe Crevel. Avec un titre à dix ans au-dessus de 3,50 % actuellement, la dette française fait paradoxalement le bonheur des assurés.
Méfiez-vous toutefois des moyennes ! L’an dernier, certains fonds en euros ont rapporté moins de 2 % quand d’autres tutoyaient les 3,50 %. Sur la durée, les meilleurs proviennent des mutuelles d’assurances (Garance, La France Mutualiste, Carac, MACSF, MIF, etc.). Quant aux taux bonifiés, certains assureurs majorent le rendement de 1 ou 2 point(s) pour les versements réalisés sur le contrat (rarement le stock). Sous réserve qu’aucuns frais ne soient pris à l’entrée, pensez-y si vous avez une somme à placer et visez en parallèle un peu de diversification sur des supports risqués (une condition souvent prévue pour profiter du bonus).
3) Gestion : multiplier ses moteurs de performance
Comment protéger votre épargne tout en gagnant plus que les 2 % à 3 % d’un fonds en euros ? Par la diversification. "Prendre des risques mesurés avec une partie de son patrimoine est généralement bénéfique, à condition d’avoir du temps devant soi, d’assumer les à-coups et de faire les bons choix", considère Gilles Belloir, directeur général de Placement-direct.fr. Partant de là, privilégiez une allocation à trois pieds. Un tiers de votre épargne placé sur le fonds en euros, pour absorber les chocs éventuels et profiter de rendements bonifiés. Un autre tiers dans des supports traditionnels (fonds actions ou patrimoniaux) pour viser la performance sur la durée. Un dernier tiers avec des solutions moins fluctuantes, comme les produits structurés ou les fonds euro-croissance. Cette stratégie est adaptée au contexte actuel, à condition de disposer d’un contrat suffisamment garni.
Autre piste, pour les néophytes : la gestion pilotée. Son principe ? Vous confiez votre épargne à l’assureur qui la gérera selon votre profil de risque (du très prudent au très offensif). Intéressant, sous réserve d’opter pour une gestion dynamique (les solutions prudentes ou équilibrées sont décevantes sur la durée) aux frais contenus. Réclamez les résultats obtenus sur les années passées pour vous faire une opinion.
4) Frais : limiter la facture pour gagner plus
Placement financier préféré des Français, l’assurance-vie est aussi l’un des plus chers. Il faut d’abord payer pour voir, puisque les contrats peuvent inclure jusqu’à 5 % de frais sur les versements. Si vous placez 1 000 euros dans une assurance-vie à 3 % de frais d’entrée, l’assureur vous en prend 30 et votre investissement net n’est alors que de 970 euros. Chaque année, vous paierez aussi des frais sur les encours (dits frais de gestion), autour de 0,70 % sur les fonds en euros et 0,85 % sur les autres supports (souvent majorés en cas de gestion pilotée). Des coûts significatifs sur la durée.
Passons sur les autres chargements possibles (arbitrages, garanties décès, etc.) pour pointer une seconde salve : les frais pris par les sociétés gérant les supports (unités de compte dans le jargon). Ils sont variables selon les actifs, mais comptez environ 2 % pour les fonds actions. Si vous n’êtes pas satisfait, visez des gestions moins onéreuses, notamment les fonds indiciels (ETF) accessibles dans certaines assurances vie. Ou, option plus radicale, changez de contrat.
5) Versez et arbitrez à bon escient
Deux règles d’or vous permettront de gagner en sérénité dans la gestion de votre assurance-vie. La première consiste à recourir aux versements réguliers, une discipline d’épargne qui présente un double intérêt. Un, les petits ruisseaux font les grandes rivières. Si vous versez 150 euros par mois pendant 20 ans, avec un rendement annuel de 3 %, vos 36 000 euros deviendront 49 028 euros à terme. Deux, si vous investissez sur des fonds risqués, les versements réguliers vous permettront de lisser leur coût moyen d’acquisition. De quoi éviter d’investir au plus haut, piège typique en Bourse.
"Les arbres ne montent pas jusqu’au ciel." Suivez cet autre adage pour savoir prendre les gains réalisés sur certains supports et les mettre à l’abri sur le fonds en euros sécurisé de votre contrat. Comment ? Via un arbitrage, qui consiste à transférer tout ou partie de l’épargne présente sur un support vers un autre. Une opération d’autant plus intéressante qu’elle échappe à toute fiscalité. Prenez toutefois garde à son éventuel coût et, surtout, aux délais d’enregistrement de l’assureur. Les meilleurs traitent aujourd’hui cette opération dans les 24 à 48 heures.
Et que faire d’un contrat médiocre ?
Première chose à savoir : l’assurance-vie n’est pas transférable d’un assureur à un autre (l’opération est possible seulement dans la même compagnie, sous conditions). Pour changer de crémerie, il faut donc fermer son contrat et réinvestir ailleurs.
Cette stratégie recèle un inconvénient majeur puisque vous devrez alors régler la fiscalité sur les plus-values du contrat quitté (s’il y en a). En outre, vous paierez les éventuels frais d’entrée du nouveau. Mais en ciblant une offre de bon rapport qualité/prix, la capitalisation de votre épargne sera meilleure sur la durée. Le jeu en vaut donc la chandelle si vous avez un horizon de placement long.
Il existe toutefois des contre-indications. Si vous avez plus de 70 ans ou si vous détenez un vieux contrat (d’avant 1999, pour simplifier), vous perdriez un cadre fiscal avantageux lors de la transmission au décès. Un inconvénient à relativiser si votre but est de transmettre l’épargne à votre conjoint ou partenaire pacsé, une opération exonérée de droits de succession.
Autre frein : si votre contrat a plus de huit ans et si vous projetez des retraits, vous profitez d’abattements fiscaux qu’il serait dommage de gaspiller en optant pour une nouvelle enveloppe.