L’État fait perdre le goût du risque aux chefs d’entreprise
« Entreprendre, c’est oser prendre des risques », pense Justine Lambert, une créatrice d’entreprise qui a aussi créé une communauté d’entraide entre entrepreneurs. Or, aujourd’hui, les dirigeants d’entreprise ont de moins en moins le goût du risque. C’est ce qui ressort d’une étude publiée par le cabinet de conseil Boston Consulting Group (BCG).
Il est vrai que le contexte international manque de sérénité : guerres commerciales et militaires, multiplication des attaques cyber, risques réglementaires, technologiques… On n’est pas étonné que 90% des dirigeants interrogés par le BCG constatent une intensification des risques macroéconomiques et géopolitiques. A cela s’ajoutent l’incertitude politique française et la faible croissance (0,8%).
Dans ces conditions, les chefs d’entreprise français estiment (à 80%) que le court-terme prévaut aujourd’hui dans la prise de décision alors qu’ils sont convaincus (à 74%) de l’importance d’une vision à long terme. D’ailleurs, ne faudrait-il pas faire preuve d’autant plus d’audace que le contexte est incertain ? C’est la conviction de Yahya Daraaoui, directeur associé senior au BCG : « Face à une ère d’hyper-risque et à un ralentissement structurel de la croissance, les dirigeants sont appelés à repenser leurs leviers de performance. Ils doivent faire preuve d’audace stratégique pour bâtir et maintenir leur compétitivité : accepter de prendre des risques et se projeter dans des transformations à long terme. »
Plus facile à dire qu’à faire sans doute. Surtout en France où l’État et ses dirigeants s’ingénient à entretenir la frilosité des entrepreneurs. Le BCG a ainsi identifié quatre freins principaux à la prise de risque en France aujourd’hui :
- un cadre réglementaire lourd et instable : selon l’indice d’incertitude réglementaire (Economic Policy Uncertainty Index), l’instabilité réglementaire en France a été jusqu’à trois fois supérieure à celle de l’Espagne ou de l’Italie entre 2018 et 2025. Ainsi, 38% des dirigeants interrogés placent le risque réglementaire dans leur top 3 des risques se répercutant le plus sur leur activité ;
- des incitations publiques jugées inefficaces : près de 70% des dirigeants estiment insuffisants les dispositifs publics (programmes européens, incitations fiscales, simplification administrative…) ;
- une définition floue du rôle de l’entreprise, entre performance économique et impact sociétal : un administrateur sur deux juge le sujet clivant ;
- un modèle de sanction décourageant le risque : les procédures de faillite durent au minimum trois ans en France, contre quatre à six mois aux États-Unis.
Nous noterons que tous ces freins sont le fait de nos gouvernants et de leur administration. Cependant, nous soulignerons aussi une certaine incohérence dans la position des dirigeants d’entreprise. Comment, en effet, critiquer un cadre réglementaire instable et, « en même temps », demander davantage de programmes européens et d’incitations fiscales, forcément dépendants de politiques publiques évoluant au grè des majorités électorales ? Ne serait-il pas plus cohérent pour les entrepreneurs de réclamer une baisse de la pression fiscale et réglementaire sur les entreprises « en même temps » que celle des aides et avantages fiscaux dont elles profitent ?
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