L’attentat de Bondi Beach est révélateur de l’antisémitisme musulman
L’attaque antisémite perpétrée sur la plage de Bondi, à Sydney, marque une rupture symbolique profonde : l’un des lieux les plus emblématiques du multiculturalisme australien est devenu le théâtre d’un massacre visant explicitement des Juifs. Dans un article publié dans Quillette, le psychiatre et essayiste australien Tanveer Ahmed analyse cette attaque non comme un accident isolé, mais comme le symptôme d’un déni persistant : celui de l’ampleur et de la spécificité de l’antisémitisme musulman.
Les faits sont désormais établis : les auteurs de l’attentat sont un père et son fils, Sajid et Naveed Akram. Des drapeaux de l’État islamique (EI) ont été retrouvés dans leurs véhicules. Le fils avait déjà fait l’objet d’investigations pour des liens présumés avec une cellule locale de l’EI, et les deux hommes s’étaient rendus récemment aux Philippines dans des circonstances suspectes. Pour Tanveer Ahmed, les terroristes ont peut-être été motivés par les événements au Moyen-Orient, mais la situation à Gaza n’est pas un facteur aussi important que l’on pourrait penser. En effet, l’EI considère que les Juifs sont les ennemis historiques de l’islam et qu’ils sont responsables de la création de la secte chiite afin de diviser les musulmans. Leur haine est doctrinale.
L’attentat de Bondi était prévisible pour plusieurs raisons. Dès les jours ayant suivi les massacres du 7 octobre 2023 en Israël, des slogans explicitement antisémites avaient été scandés devant l’Opéra de Sydney, avant toute riposte israélienne. Depuis, l’Australie a connu une explosion d’actes antisémites : selon l’Executive Council of Australian Jewry, ils ont augmenté de 316 % en un an. En parallèle, les autorités australiennes ont multiplié les réactions symboliques – rapports, réunions, nomination d’un émissaire contre l’antisémitisme – tout en adoptant des positions diplomatiques très critiques à l’égard d’Israël, jusqu’à la reconnaissance d’un État palestinien. Cette posture a renforcé le sentiment d’insécurité ressenti par la communauté juive locale.
L’un des angles morts majeurs du débat public, souligne l’auteur, réside dans le fait que l’on se focalise quasi exclusivement sur l’antisémitisme de droite. On en constate, certes, une recrudescence aux États-Unis (le commentateur populaire Tucker Carlson en est notamment accusé). L’antisémitisme de droite est bien réel, mais il ne doit pas occulter une autre réalité, moins politiquement correct : il est aussi particulièrement répandu et virulent à l’extrême gauche et évidemment dans les communautés musulmanes. Les universitaires, les militants et les médias classés à gauche préfèrent croire qu’il s’agit d’un problème croissant dans plusieurs groupes différents, ce qui les empêche de reconnaître cette spécificité.
L’attaque de Bondi présente une autre singularité : elle a été menée par un duo père-fils. Si ce type de collusion existait autrefois dans des contextes claniques, il demeure rare dans l’histoire récente du terrorisme islamiste. Ahmed y voit une illustration du malaise générationnel qui traverse une partie de la jeunesse musulmane occidentale, en quête d’identité et de sens, trouvant dans l’idéologie jihadiste et dans la notion d’ummah un récit de revanche et d’appartenance.
Tanveer Ahmed prend toutefois soin de rappeler une évidence : l’antisémitisme musulman n’implique pas l’ensemble des musulmans. L’héroïsme d’Ahmed al-Ahmed, qui a désarmé l’un des terroristes au péril de sa vie, ou celui d’autres musulmans ayant sauvé des Juifs lors des attaques du 7 octobre en Israël, démontre que la ligne de fracture n’est ni ethnique ni religieuse, mais idéologique. Reste que les attentats de Bondi constituent une matérialisation brutale d’un imaginaire antisémite mêlant théologie salafiste, motifs apocalyptiques et inversion victimaire. En refusant d’en nommer les ressorts réels, l’Australie – comme d’autres démocraties occidentales – s’expose à de nouvelles tragédies.
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