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La Révolution, fille aînée de l’Église ?

Le catholicisme a servi de caution à la monarchie avant d’être l’un des principaux vecteurs de sa contestation. Les Lumières ont hérité des passions, de la rhétorique, des structures mentales et du sens du tragique des dévots jansénistes. 1789 n’a pas aboli le sacré mais l’a remplacé.


Un vaste exercice de Christ-bashing : c’est ainsi que la Révolution française a été vécue par ses contemporains, qu’ils l’aient adorée ou eue en horreur. De fait, engendrée par la Raison philosophique, elle fut un grand moment de vandalisme dans les églises et de noyades de prêtres dans la Loire. Le roman national, soucieux de pédagogie, a dès lors fixé cette image : quelques philosophes poudrés soufflant sur une populace crédule, qui s’est aussitôt transformée, par quelque miracle civique, en un « peuple révolté ». À bas le trône, à bas l’autel, 1789 aurait été un simple changement d’ampoule, la lumière religieuse remplacée par les néons encyclopédiques.
Cette idée ne pouvait être ébranlée que par un regard extérieur. L’historien américain Dale K. Van Kley, disparu en 2024, suggère dans Les Origines religieuses de la Révolution française (1996, trad. 2002) que le culte catholique a non seulement servi de caution à la monarchie pendant des siècles, mais aussi constitué l’un des principaux vecteurs de sa contestation. La thèse surprend, sinon choque, dans un pays où la couronne a depuis l’origine lié son sort à celui de Dieu. Dès le départ, les rois francs se voient comme les successeurs de David, Salomon et Constantin, se prétendantthaumaturges et détenteurs d’un corps double – mortel et mystique –, selon les analyses désormais classiques de Marc Bloch et d’Ernst Kantorowicz.
Seulement, quand le protestantisme voit le jour (en France, par l’intermédiaire d’un Picard, Jean Calvin), et avec lui son mépris pour le culte des miracles et des reliques, il entre en conflit avec le sceptre. Calvin limite l’emploi du terme « majesté » à Dieu seul quand il déclare : « C’est à luy [Dieu] seul que toute majesté appartient. » Les iconoclastes calvinistes des années 1560, dans leur dégoût du culte des reliques, s’en prennent au tombeau de Louis XI à Cléry, brûlent le cœur de François Ier à Orléans et profanent les tombeaux des Bourbons à Vendôme.

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Le jansénisme entre bientôt en scène. Rien de moins politique à l’origine que cette querelle théologique, « affaire de corne-cul », aurait dit de Gaulle, qui oppose grossièrement les partisans augustiniens d’une Grâce rigoureuse et tragique à la casuistique jésuite, plus souple et accommodante. « Calvinisme rebouilli » selon Mazarin, le jansénisme est moins une nouvelle Réforme qu’un catholicisme exagéré, qui cherche un inflexible recueillement. Louis XIV, en identifiant sa propre majesté à l’unité religieuse du royaume, transforme ce qui n’était qu’une dispute de couvent en affaire d’État. En 1713, il fait détruire l’abbaye de Port-Royal et exhumer les défunts qui y sont enterrés. Tout le pays est enjoint de souscrire à cette persécution. On refuse les sacrements à certains mourants s’ils ne sont pas munis d’un « billet de confession » par lequel on est prié de manifester son adhésion à la bulle Unigenitus, qui condamne la doctrine de Jansenius.
 
S’ouvre alors le siècle des Lumières. Si Port-Royal a été rasé, l’esprit de l’abbaye demeure dans bien des esprits. Sous le règne de Louis XV, on le retrouve dans les parlements locaux, où il nourrit les remontrances contre la couronne. Un procès permanent contre la royauté est instruit par des hommes formés à la vie de l’esprit par la lecture de grands auteurs jansénistes comme Antoine Arnauld et Blaise Pascal. Il faut dire aussi que le peuple persifle, dénonce la corruption de la cour et celle du haut clergé, les maîtresses du roi, monarque de droit divin dont on dit qu’il se tient éloigné des sacrements.
Curieuse alliance que celle de ce courant dévot et de la philosophie naissante des Lumières. Les héritiers du jansénismequi croient si peu au libre-arbitre se retrouvent dans la situation paradoxale de défendre la liberté d’expression. En organisant une presse clandestine (les Nouvelles ecclésiastiques), en apprenant l’insoumission aux fidèles, en composant, dans leurs sermons, une grammaire de l’antidespotisme, ils sont de ceux qui inventent la modernité politique.
La Révolution française, qui doit certes beaucoup à l’athéisme d’Holbach, La Mettrie et Helvétius, ainsi qu’à la critique radicale des religions par Voltaire, Diderot et d’Alembert, ne s’est pas faite cependant sans effusion d’eau bénite : il fallait au moins un abbé (Sieyès) pour définir le tiers état et faire savoir ce qu’il demande. Et un autre abbé (le crypto-janséniste Grégoire) pour réclamer à l’Assemblée constituante l’abolition des privilèges et de l’esclavage, le suffrage universel et l’émancipation des juifs. Il fallait aussi un Talleyrand, évêque d’Autun, pour célébrer la messe de la Fête de la Fédération de 1790 (une des rares qu’il ait jamais dites). Et un Jacques Roux, curé rouge et lointain ancêtre de monseigneur Gaillot. Résultat, la rupture entre la gauche et le christianisme n’a pas été aussi profonde qu’on l’a dit avant la fin du xixe siècle. Étienne Cabet, précurseur du socialisme utopique et auteur du Voyage en Icarie en 1840, continuait de voir en Jésus « le premier des prolétaires ».

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Avant les jacobins, il y eut donc les jansénistes. Avant la Nation souveraine, il y eut le Peuple de Dieu. Les Lumièreshéritent des passions, de la rhétorique, des structures mentales et du sens du tragique du jansénisme. La pureté morale de la communauté, des « Solitaires », son élévation intellectuelle augustinienne : tout cela prépare 1789. Seulement, les traces de ce fleuve souterrain ont été effacées. Dans son récent ouvrage, Il nous fallait des mythes, Emmanuel de Waresquiel montre pourtant bien que la Révolution remplace le sacré plus qu’elle ne l’abolit. On ferme les églises, mais on ouvre un temple de la Raison, on fête l’Être suprême avec processions, hymnes et offices. Jacques-Louis David fait de Marat mort une icône.
Le mythe des « deux France », catholique et laïque, républicaine et monarchique, ne résiste finalement pas à l’examen. Si ces deux France se reconnaissaient enfin dans un récit moins manichéen, celui d’une Révolution fille rebelle de l’Église, elles comprendraient peut-être qu’elles ne sont pas ennemies, mais deux membres d’une même lignée brouillés depuis trop longtemps.

A lire :
Dale K. Van Kley, Les Origines religieuses de la Révolution française, Seuil, 2002.
Emmanuel de Waresquiel, Il nous fallait des mythes, Tallandier, 2024.

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