Le Groenland, une obsession pour Trump
Les Européens affichaient lundi leur inquiétude, voire leur désarroi, après que Donald Trump est revenu à la charge, peut-être énivré par ses succès militaires au Venezuela, ou perspectives en Iran, sur la nécessité d’annexer le Groenland, pourtant territoire autonome mais sous souveraineté danoise depuis trois siècles. Donald Trump prétend notamment que ce territoire est essentiel à la sécurité des Etats-Unis, en oubliant d’une part que Washington peut y installer autant de bases qu’il veut déjà, en vertu d’un accord vieux de 60 ans avec Copenhague, d’autre part qu’aucune base américaine ne pourrait empêcher des navires russes ou chinois de croiser dans les eaux internationales, sauf à pratiquer à leur endroit un acte de guerre…
Il peut être utile de rappeler que le Danemark est un allié des Etats-Unis, engagé au prix du sang dans sa lutte contre les djihadistes en Afghanistan, et membre de l’OTAN. En clair, toute tentative américaine, militaire ou simplement sous forme de pression et intimidation, d’absorber le Groenland signerait la fin de l’OTAN, voire l’éclatement du camp occidental à l’heure où il est confronté à une montée en puissance menaçante de la Chine. Les gouvernements européens se sont contentés lundi de déclarations lénifiantes après cette nouvelle sortie du président américain (qui a peut-être pour objectif d’accaparer l’attention et de détourner cette dernière de divers développements embarrassants pour lui, comme l’inflation ou l’affaire Epstein). Le Premier ministre britannique Keir Starmer a affirmé lundi qu’il soutenait son homologue danoise Mette Frederiksen, qui avait vivement critiqué la veille les déclarations du président américain.
La seule issue pour les Européens, dont on imagine bien qu’ils n’oseraient pas bouger le petit doigt si un contingent américain sautait sur la capitale du Groenland, Nuuk, est de préempter un tel scénario en déployant au Groenland un contingent, même symbolique, des deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, France et Royaume-Uni. Cela permettrait aussi de contrer l’argument des Etats-Unis selon lequel le Danemark et ses alliés européens ne prennent pas assez au sérieux les enjeux sécuritaires du Grand Nord. A propos de sérieux, de combien de brise-glace lourds (capables de briser une banquise de plus de 1m) et opérationnels les Etats-Unis disposent-ils pour patrouiller dans l’Arctique ? Deux, âgés de près de 50 ans, donc en fin de course…
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