Immobilier de luxe londonien : une crise provoquée par l’alourdissement de la fiscalité
« Certains propriétaires “pris de panique” font des rabais de 50 % : à Londres, les départs de riches s’accélèrent, les ventes à plus de 5 millions chutent de 18 % et c’est tout le marché de l’immobilier de luxe qui vacille », titrait BFMBusiness.
D’où viennent ce moment de panique et cet exode fiscal ? De deux hausses d’impôts ciblant les contribuables les plus fortunés, qui sont aussi – ce cas de figure l’illustre une fois de plus – les contribuables les plus mobiles fiscalement, avec une forte élasticité de leurs comportements aux augmentations de la fiscalité. Au printemps 2025, le Royaume-Uni a durci et sa fiscalité sur les plus grosses transactions immobilières et sa fiscalité sur les revenus de sources étrangères.
En ce qui concerne les transactions immobilières, le barème d’imposition est progressif avec des taux allant de 2 à 12 % ou, dans le seul cas du Pays de Galles, de 6 à 12 %, après abattement dont le montant varie suivant les nations constitutives du Royaume (il est de 125 000 livres sterling en Angleterre). Les taux sont majorés pour les acquisitions qui ne constituent pas la résidence principale du contribuable. Déjà donc majorés, ils ont encore été relevés en avril dernier, afin de surtaxer l’investissement immobilier et les achats de résidences secondaires.
Dans le même temps, le pays a renforcé la fiscalité sur les revenus de sources étrangères en réformant son régime dit de « non domiciled remittance basis of taxation ». Jusqu’en avril dernier, une personne résidente et domiciliée au Royaume-Uni était imposée sur ses revenus mondiaux, mais si elle était résidente et non domiciliée (« non domiciled »), elle pouvait choisir d’utiliser la base d’imposition par transfert de fonds (« remittance basis of taxation »), ses revenus et plus-values non britanniques n’étant alors imposés que s’ils étaient transférés ou utilisés au Royaume-Uni. Or, la réforme de ce dispositif conduit désormais à soumettre à l’impôt les avoirs étrangers à compter de dix années de résidence au Royaume-Uni, la notion « domiciliation » étant par ailleurs retenue dans une acception plus large défavorable au contribuable.
Le cas londonien s’ajoute aux multiples exemples corroborant la concrétisation du risque d’exode fiscal à la suite d’un alourdissement de la fiscalité. Sous-estimer le phénomène est irresponsable, tant ses conséquences sur l’économie et les finances publiques sont désastreuses. Les partisans en France de la « taxe Zucman » ne le sous-estiment d’ailleurs pas. Comment expliquer sinon qu’ils recommandent, dans le même temps, l’adoption d’une « exit tax » XXL – Thomas Piketty allant même jusqu’à préconiser le « gel des avoirs » et l’« arrestation à l’aéroport » des personnes tentées de s’y soustraire ?
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