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Fredrik Erixon, économiste suédois : "Sur le Mercosur, la France entretient ses agriculteurs dans le mensonge"

Après vingt-cinq années de négociations, Ursula von der Leyen s’apprête à signer, ce 17 janvier au Paraguay, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur. "Une grande avancée", estime auprès de L’Express l’économiste suédois Fredrik Erixon, de l’European Centre for International Political Economy, pour qui le contexte géopolitique troublé rend cet accord plus nécessaire que jamais.

Alors que deux Français sur trois s’estiment perdants du libre-échange, ce spécialiste de l’innovation et de l’économie internationale – et auteur de The US and EU, and the Emerging Supply Chain Network: Politics, Prospects, and Allies (2024, Armin Lear Press, non traduit) -, balaie cette idée, qu’il juge "absolument fausse". Selon lui, "les effets sur les exportations et la croissance économique européenne seront positifs", la France pouvant même devenir le "cinquième bénéficiaire net de l’accord en termes de PIB". Entretien.

L’Express : Ursula von der Leyen s’apprête à signer, ce samedi au Paraguay, le traité de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, après plus de vingt-cinq années de négociations. Selon vous, il faut s’en réjouir. Pourquoi ?

Fredrik Erixon : C’est une grande avancée pour l’Europe, même si j’aurais souhaité qu’il soit conclu bien plus tôt. Les Européens prennent conscience qu’ils ne peuvent plus se reposer sur le soutien des États-Unis de Donald Trump, et les tensions géopolitiques s’exacerbent dans notre voisinage. L’Europe doit donc absolument trouver les moyens de diversifier ses échanges avec le reste du monde, tant à l’exportation qu’à l’importation.

Pour ce faire, l’Allemagne et la France doivent à tout prix rompre avec leur dépendance aux marchés chinois et américains. Pour des secteurs aussi variés que l’automobile, la chimie ou la construction de machines et d’équipements industriels, les Européens ont tout à gagner à diversifier leurs débouchés vers d’autres régions du monde. Ce constat s’applique également aux importations, en particulier pour les minerais.

Des pays comme la Chine, la Russie ou les États-Unis ressuscitent une conception de l’ordre international héritée du XIXe siècle, et fondée sur l’idée de grandes puissances se partageant le monde en zones d’influence. Pour y résister, l’histoire montre que la véritable force réside dans la densité des réseaux de coopération et d’alliances : c’est ce qui rend les sociétés résilientes et leur permet de surmonter les crises. C’est précisément ce que l’Europe doit renforcer aujourd’hui en investissant dans de bons accords et dans des relations solides avec le reste du monde.

En France, cette grille de lecture est loin de faire l’unanimité. Le pays s’est d’ailleurs opposé au Mercosur, Emmanuel Macron reconnaissant un "rejet politique unanime de l’accord". Quel regard portez-vous sur la position française ?

Le rejet de la France de cet accord est très révélateur des problèmes du pays

D’abord, il faut bien dire que personne n’a été surpris par la déclaration d’Emmanuel Macron, simplement parce que la France s’est toujours opposée au Mercosur. En 2020, elle faisait déjà partie du groupe de pays – avec l’Autriche, la Pologne, l’Irlande… - ayant rendu impossible la signature, la mise en œuvre et la ratification de l’accord. Ces pays ont toujours invoqué tous les prétextes politiques possibles et imaginables pour ralentir les négociations. Beaucoup des arguments mobilisés sont malhonnêtes et n’ont en réalité qu’un seul objectif : empêcher ou, du moins, retarder la ratification de l’accord.

Le vrai sujet n’est donc pas tant la déclaration d’Emmanuel Macron que le fait que le rejet soit aussi massif en France. Ce dernier est, malheureusement, très révélateur des problèmes français : une économie à la traîne, une incapacité à adopter les nécessaires transformations structurelles d’un modèle vieillissant, et l’enlisement de la situation politique depuis la dissolution de juin 2024. C’est d’autant plus inquiétant que cela tombe au moment où l’Europe aurait besoin, pour affronter un monde de plus en plus chaotique, d’une France capable d’assumer son rôle de leadership.

Le monde agricole s’inquiète de la concurrence déloyale et dénonce l’importation de produits ne respectant pas les mêmes normes environnementales et sanitaires que l’UE impose à ses propres agriculteurs. Certains vont même jusqu’à parler de "suicide" de notre modèle et d’abandon de notre souveraineté alimentaire. Que répondez-vous à ces arguments ?

J’éprouve de la sympathie pour la situation des agriculteurs français, et plus généralement pour celle de l’ensemble de l’industrie agroalimentaire. Mais on ne peut pas imputer la responsabilité des difficultés de ce secteur aux importations et à la concurrence déloyale des accords de libre-échange.

D’abord, il faut rétablir les faits et regarder les ordres de grandeur impliqués avec cet accord. Le traité UE-Mercosur prévoit l’entrée sur le marché européen d’un contingent de 99 000 tonnes de viande bovine. Selon l’analyse d’impact réalisée par la Commission européenne, cela représente seulement 1,5 % de la production de viande bovine européenne, qui s’élève à 6,6 millions de tonnes. Même chose pour la volaille : l’Union européenne produit environ 14,1 millions de tonnes, et l’accord avec le Mercosur prévoit un contingent de 180 000 tonnes, soit 1,3 % de la production totale de l’UE. On est loin de l’idée d’une "submersion du marché européen par la viande provenant du Mercosur", comme l’affirment certains de manière un peu caricaturale. Et les quotas actuels d’importation de bœuf en provenance du Mercosur ne sont même pas, à ce jour, remplis. Autrement dit, nous importons déjà moins de bœuf en franchise de droits que ce que nous pourrions le faire.

En réalité, nous n’allons pas assister à une hausse globale des importations, mais plutôt à une redistribution des flux d’importation entre différents pays, avec une augmentation des importations de bœuf du Mercosur et une réduction des importations de bœuf provenant des autres régions du monde avec lesquelles nous avons déjà conclu des accords commerciaux. S’il devait y avoir une légère hausse du volume total des importations, elle serait tellement marginale qu’elle ne pourrait en aucun cas affecter les grands producteurs agricoles européens. Dès lors, l’opposition à l’accord tient peut-être moins à son contenu qu’à une stratégie visant à arracher d’autres concessions dans la négociation. C’est ce qui s’est passé avec l’Italie, qui est revenue sur son opposition à l’accord après avoir obtenu des promesses d’augmentation des subventions agricoles dans le prochain budget de l’Union européenne.

D’autres estiment que l’accord pose problème sur le plan environnemental. N’est-ce pas une inquiétude légitime ?

C’est un argument apparu un peu plus tardivement, peu après l’accord politique de 2019. La France et d’autres pays ont commencé à mettre en avant la question de la déforestation en Amazonie. Mais encore une fois, tous ceux qui travaillent sérieusement sur ces sujets savent que cet argument est fallacieux, car il ne correspond pas aux réalités du terrain et de l’accord commercial. Dès le départ, un cadre très clair a été posé : pour exporter vers l’Europe, il faudra que les producteurs des pays du Mercosur se conforment aux réglementations européennes. Or, des règles existent déjà pour lutter contre la déforestation. Par exemple, si des forêts amazoniennes sont défrichées afin d’étendre les surfaces agricoles, les produits qui en résultent ne peuvent pas être exportés vers l’Europe.

Certains vous répondront que même si les exportations vers l’Europe respectent ces règles, elles vont certainement conduire à une hausse de la production globale en Amérique du Sud, et donc mener à une déforestation pour des produits destinés à d’autres marchés...

Cet argument ne tient pas davantage, là encore pour des raisons de volume. L’augmentation des quotas agricoles en franchise de droits prévue par l’accord, en particulier pour le bœuf – qui est le secteur le plus directement lié à l’usage des terres en Amazonie -, devrait mener à une hausse de la production brésilienne de bœuf inférieure à 1 % du total. Une augmentation aussi marginale n’aura pas d’impact significatif sur l’utilisation des sols ou sur la déforestation au Brésil.

Enfin, on oublie trop souvent que les enjeux liés à l’Amazonie sont particulièrement difficiles à traiter du fait qu’une grande partie de la déforestation observée au cours des quinze dernières années est illégale. Elle est plus souvent le fait de très petits exploitants cherchant à défricher pour cultiver ou créer des pâturages supplémentaires. Si l’Europe veut lutter contre la déforestation, elle doit continuer à renforcer sa coopération avec le Brésil et aider au développement économique du pays, seul moyen de donner aux petits agriculteurs des alternatives pour augmenter leurs revenus.

En France, le débat s’est focalisé sur les "perdants" du traité, jusqu’à laisser croire que la France et l’UE seraient les grandes perdantes de l’accord…

C’est une idée fausse là aussi. Quiconque connaît les détails de l’accord vous dira que les effets sur les exportations et la croissance économique européenne seront positifs. On peut débattre de l’ampleur de ces effets, car les modèles économiques de prédiction donnent des résultats différents. En revanche, tous convergent vers la même conclusion d’une contribution nette positive à l’économie européenne.

La France devrait même être le cinquième bénéficiaire net de l’accord en termes de PIB. Bien sûr, comme le débat public sur le Mercosur s’est focalisé sur l’agriculture – qui ne pèse que marginalement dans l’économie française -, on oublie de parler des effets sur le secteur automobile, l’industrie chimique, les fabricants de machines-outils, les entreprises de logistique et de machines industrielles, etc. Les différentes analyses économiques réalisées montrent pourtant que les secteurs qui bénéficient de l’accord sont très nombreux.

Un autre élément, essentiel, mais trop souvent négligé dans le débat, c’est que les barrières tarifaires élevées actuellement en vigueur dans les pays du Mercosur ont longtemps incité certains acteurs économiques européens à investir directement dans des pays extraeuropéens afin de pouvoir accéder à leurs marchés. Plutôt que de produire sur le sol européen et d’exporter, il était plus rentable pour certaines entreprises de produire sur place. Mais l’accord du Mercosur redistribue les cartes en modifiant la manière dont les entreprises européennes vont arbitrer entre investissement à l’étranger et exportation. Cela va certainement conduire à une réallocation des investissements, avec davantage d’investissements réalisés en Europe plutôt qu’à l’étranger. C’est une très bonne nouvelle pour le secteur industriel français, et je regrette que le débat public ne prenne pas en considération cette partie-là de l’équation.

Qu’est-ce que cela dit du rapport qu’entretient la France avec l’innovation et le changement ?

La France est un pays très conservateur dès lors qu’il s’agit de bousculer ceux qui profitent du statu quo. Concrètement, nombreux sont ceux qui perçoivent les droits de douane comme un moyen de protéger certains secteurs économiques non compétitifs de la concurrence internationale. En somme, il s’agit avant tout de "sauver des emplois". Dans les pays nordiques, la culture de la protection est encore plus forte qu’en France et les syndicats y sont très puissants. Or, là-bas, les politiques publiques n’ont pas cherché à protéger des secteurs économiques non compétitifs, mais plutôt à accompagner les individus dans des transitions professionnelles. C’est un bien meilleur moyen de garantir la sécurité de l’emploi. Au contraire, tout faire pour sauver le statu quo est une stratégie très risquée, car elle réduit inévitablement la capacité des citoyens à créer de nouvelles opportunités économiques. Sur le long terme, c’est un choix hypocrite, car on ne fait que retarder l’inévitable : on ne préservera pas indéfiniment un modèle agricole non rentable, et de nombreux emplois qui existaient autrefois dans le secteur agricole ne reviendront pas, en raison des évolutions technologiques, des changements de comportement des consommateurs, des transformations du commerce mondial, etc.

La France se distingue par sa peur du changement et de la modernité

N’est-il pas légitime de s’attacher à vouloir sauver des emplois et à protéger un secteur cher aux Français ?

La peur du changement et des conséquences sociales qui l’accompagnent n’est pas propre à la France. Toutes les sociétés y sont confrontées, d’une manière ou d’une autre. Mais la France se distingue par sa peur du changement et de la modernité. Et ça ne date pas d’hier : c’était déjà le cas sous de Gaulle. La France a toujours fait preuve d’un attachement presque désespéré à un modèle hérité de l’ère industrielle, et au système économique et social qui va avec.

La France est, historiquement, l’un des pays d’Europe les plus protectionnistes et les plus attachés à sa souveraineté économique, avec cette idée sous-jacente selon laquelle plus l’État est fort, plus cela serait bénéfique pour les citoyens. Avec une telle culture politique, il n’est pas surprenant que de nombreux électeurs considèrent le libre-échange comme nuisible. Le protectionnisme français ne s’applique d’ailleurs pas uniquement au commerce avec les pays extraeuropéens, puisque la France a toujours été réticente à l’idée de faire évoluer le marché unique européen. Malheureusement, elle n’a toujours pas compris que son protectionnisme est un handicap, sans lequel son économie serait aujourd’hui beaucoup plus performante.

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