"DGA de combat" : ce que contient la note du patron de l'armement français à Emmanuel Macron
Sa nomination avait provoqué en novembre dernier un séisme dans le petit monde de la défense. Appelé à succéder au pied levé à Emmanuel Chiva à la tête de l’imposante Direction générale de l’armement (DGA), Patrick Pailloux a adressé ce 29 janvier, en catimini, ses premiers vœux à ses équipes.
Son allocution, qui colle à la volonté de la ministre des armées Catherine Vautrin de réformer en profondeur cette direction pour en faire une "DGA de combat", a repris les grands axes d’une feuille de route dévoilée à Emmanuel Macron en tout début de semaine.
Optimiser ses coûts
Consultée par L’Express, la note décline en actions concrètes l’appel lancé par la ministre des armées et fixe plusieurs orientations prioritaires. En charge des plus grands programmes d’armement français, la DGA gagnerait en premier lieu à optimiser ses coûts et à acquérir ses équipements à juste prix, est-il affirmé. Patrick Pailloux appelle ainsi à la création, en interne, d’une cellule de "cost killing", chargée d’identifier les économies possibles sur certains programmes. Une idée déjà portée en son temps par son prédécesseur. Le nouveau DGA révèle par ailleurs avoir mené une négociation très serrée sur les marges de Naval Group pour la notification du marché sur le porte-avions de nouvelle génération, en lien avec l’Agence des participations de l’État.
Deuxième impératif pour répondre aux besoins de l'économie de guerre : produire plus vite. Face à l’accélération des conflits, Patrick Pailloux plaide en faveur d’une "approche pilotée par les délais". L’ex-directeur technique de la DGSE indique avoir acté la création de "centres experts référents". Hébergés au plus près des capacités techniques de la DGA et des moyens des armées, ils doivent permettre d'accélérer la cadence de production de drones aériens, navals et terrestres mais aussi d’équipements dédiés à la lutte anti-drones ou à la guerre électronique. "Cette approche sera élargie à l’industrie pour les projets qui s’y prêtent", prévoit le délégué général pour l’armement.
"Cela va ainsi être le cas avec MBDA pour doter l’armée de l’air et de l’espace d’un missile air/air répondant aux derniers enseignements du conflit entre l’Inde et le Pakistan", est-il écrit. Au fil d'une intense confrontation aérienne, un Rafale indien a été abattu en mai dernier au-dessus du Cachemire, à la stupeur générale.
Un cap en matière d’autonomie stratégique
L’ancien directeur de cabinet de Sébastien Lecornu à l’Hôtel de Brienne, qui martèle la nécessité pour la DGA d’imposer ses orientations sur le plan industriel, donne dans sa note un cap en matière d’autonomie stratégique. "Force est de constater que la coopération en Europe en matière d’armement n’est qu’embryonnaire", déplore-t-il.
"Nous ne pouvons pas parler d’Europe de la défense sans produire et acheter européen, et inscrire notre action dans le pilier européen de l’Otan." Patrick Pailloux esquisse la piste de la multiplication des partenariats et coopérations avec les autres pays européens pour s'émanciper de la dépendance aux équipements américains. Avec un exemple à suivre : le choix fait fin 2025 par la France de l’avion de guet aérien suédois GlobalEye pour succéder rapidement à l’AWACS américain, cet énorme avion de commandement et de contrôle jusqu'à présent mis à contribution pour la surveillance du flanc est de l’Europe. "Cet achat, accompagné d’un accord industriel qui nous lie dans la durée, constitue un modèle à répliquer", conclut le DGA.