La désescalade et la retenue sont inefficaces face à des dictateurs
Les appels à la désescalade et à la retenue sont souvent présentés comme des solutions aux crises mondiales, mais ils peuvent devenir des instruments de protection des régimes brutaux.
Depuis 1999, le Venezuela souffre du despotisme socialiste de Chavez-Maduro. Le peuple iranien, lui, vit sous un système brutal et oppressif depuis 1979. Avec le temps, le monde s’est habitué à l’existence de ces régimes extrémistes. Aujourd’hui, une chance de changement se présente. Les États-Unis ont réussi leur opération contre le régime vénézuélien, ils ont bombardé des installations militaires, ils ont arrêté le président Nicolas Maduro et son épouse dans leur chambre à coucher, pourtant bien gardée. Le couple a été extradé vers New York, où il sera jugé. Dans de nombreuses régions du monde, la réaction a été stupéfiante. Le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, a exprimé sa profonde inquiétude, qualifiant l’action de « dangereux précédent » et appelant à un dialogue entre les deux pays. Il a également souligné l’importance du respect du droit international.
Tièdes réactions dans l’Union européenne
Même tonalité, quoique légèrement plus modérée, au sein de l’Union européenne : les institutions de l’UE et plusieurs États membres ont appelé à la retenue, à la désescalade, à des solutions pacifiques et au respect du droit international. Le droit international est certes essentiel dans les relations pacifiques entre États. Sa légitimité s’achève cependant lorsqu’il est instrumentalisé pour dissimuler l’oppression, l’ingérence criminelle dans d’autres pays, le terrorisme et les trafics. Ce fut manifestement le cas sous le régime de Maduro. Le trafic de drogue était directement orchestré par l’État, le Venezuela servait de refuge et de plateforme aux cartels de la drogue opérant au Mexique et dans les Caraïbes. Le pays est aussi devenu une base pour les activités anti-américaines russes et chinoises. Et la population a subi d’immenses souffrances, forçant des millions de personnes à l’exil.
Au Venezuela, les intentions des États-Unis sont justifiées
Tout cela constituait une réelle menace pour la sécurité des États-Unis, pour protéger leurs propres intérêts – et ceux du peuple vénézuélien. Il est donc profondément cynique de vouloir les en dissuader. Les États-Unis ne cherchent pas à changer le régime vénézuélien. Ils travailleront plutôt avec les successeurs de Maduro, veillant à ce que les pratiques criminelles et corrompues soient abandonnées. Il appartiendra aux Vénézuéliens eux-mêmes de rétablir l’État de droit et une gouvernance saine.
Ceux qui soutiennent que leur intervention serait motivée par des intérêts pétroliers se trompent. Les États-Unis n’ont pas besoin du pétrole vénézuélien. Ce qui leur importe, c’est d’empêcher la Russie et la Chine d’en obtenir à des prix bien inférieurs aux cours mondiaux. L’objectif plus large est de rétablir une industrie pétrolière fonctionnelle, et paradoxalement c’est un problème pour les entreprises américaines, qui ne considèrent toujours pas le Venezuela comme un pays où il bon d’investir.
Le régime iranien au bord du gouffre
Depuis 1979, le régime iranien opprime une grande partie de sa population et soutient le terrorisme, à tous les niveaux. Il est le principal État parrain du terrorisme au monde, une force de déstabilisation majeure au Moyen-Orient et une menace pour la sécurité mondiale. C’est un Etat voyou, et le fait qu’il poursuive son programme nucléaire est particulièrement dangereux. Obéissant à une conception délétère, beaucoup d’Européens, ainsi que les administrations Obama et Biden, ont « chouchouté » le régime des mollahs. C’est vers la fin de la présidence Obama que l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien (JCPOA) a été conclu. Il n’aurait pas mis fin au programme nucléaire iranien, il l’aurait cependant retardé. Il impliquait l’Iran, les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU et l’Allemagne, mais excluait les États du Moyen-Orient.
L’Iran poursuivant ses activités terroristes, le président Donald Trump a rétabli les sanctions durant son premier mandat. L’Union européenne s’est mise dans une situation quelque peu embarrassante en menaçant de sanctions ses propres entreprises qui auraient voulu suivre le mouvement. L’administration Biden a tenté de relancer le JCPOA et de lever les sanctions, sans succès.
Aujourd’hui, d’énormes manifestations secouent l’Iran. Le régime a répondu avec une extrême brutalité. Ces dernières semaines, plusieurs milliers de personnes auraient été tuées et de nombreuses autres arrêtées. Cette fois, les États-Unis ont réagi avec fermeté. Le président Trump a offert son soutien aux manifestants sans donner de détails et a clairement indiqué que Washington ne tolérerait plus aucune exécution.
Le droit international ne saurait servir de bouclier aux criminels
Les réactions européennes ont été, à quelques exceptions près, bien plus timides. Les appels à la retenue et à la libération des prisonniers ne sont pas d’un grand secours pour l’opposition et ils n’intimident guère le régime.
L’effondrement du régime iranien contribuerait à la paix mondiale. Soutenir les manifestations pourrait favoriser un changement de l’intérieur. La guerre de douze jours en juin 2025, durant laquelle Israël et les États-Unis ont affaibli le programme nucléaire iranien et éliminé des figures clés, a démontré la vulnérabilité du régime mais, bien que considérablement affaibli, il peut hélas encore survivre.
Admettre que le droit international soit un bouclier pour les auteurs de crimes, c’est lui faire perdre toute autorité. Il en va de même pour les tribunaux de l’ONU s’ils protègent des États voyous ou des organisations terroristes contre des mesures antiterroristes – comme le montrent les récentes actions dirigées contre le Premier ministre israélien.
Lire l’article en anglais sur le site du GIS
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