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Benjamin Carter Hett : "Donald Trump voudrait être un tyran, mais il est trop lâche pour ça"

La montée de l’autoritarisme est l’un des phénomènes les plus étudiés, mais, selon Benjamin Carter Hett, professeur d’histoire au Hunter College et au CUNY Graduate Center, on passerait à côté d’un facteur essentiel : le sentiment d’humiliation, souvent enraciné dans des difficultés économiques ayant abîmé le statut d’un groupe d’individus. D’Adolf Hitler à Mussolini, en passant par Donald Trump : tous capitaliseraient, selon lui, sur le ressentiment grandissant de la population, un phénomène dont il situe l’origine à la fin du XIXe siècle. Benjamin Carter Hett pointe également l’urgence pour nos démocraties d’adresser ces problématiques, et propose pour ce faire, de ressusciter le plan Marshall… Sans quoi, prédit-il, une nouvelle guerre mondiale pourrait bien éclater. Entretien.

L’Express : Selon vous, nous sous-estimons un facteur clé dans la montée de l’autoritarisme : le sentiment d’humiliation. Pourquoi ?

Benjamin Carter Hett : Evidemment, il existe une multitude de cas de figure. Mais il y a bien un point commun entre la majorité des pays démocratiques qui ont sombré dans l’autoritarisme : un sentiment d’humiliation qui, le plus souvent, trouve sa source dans une combinaison de difficultés économiques ayant abîmé le statut d’un groupe d’individus. Le cas classique étant celui-ci de l’Allemagne. Après sa défaite lors de la Première Guerre mondiale, celle-ci a développé un important ressentiment face aux puissances victorieuses. Le tout, dans un contexte de fort mécontentement économique. Ce qui n’a fait que donner de l’élan au régime nazi d’Adolf Hitler.

Notez également les conditions dans lesquelles la plupart des partis nationalistes modernes gagnent du terrain. Qu’il s’agisse du Rassemblement national en France, l’AfD en Allemagne, ou Donald Trump aux Etats-Unis, tous capitalisent sur les difficultés économiques et le ressentiment grandissant de la population – auquel s’ajoute, dans le cas de l’Amérique et de l’Allemagne du moins, la question de l’immigration.

Peut-on dater l’émergence de ce sentiment d’humiliation ?

De mon point de vue, ce type de phénomène émerge aux alentours des années 1890, notamment sous l’impulsion de la mondialisation et de l’industrialisation. Prenez le cas de l’affaire Dreyfus, en France. A l’époque, bon nombre d’individus se sentent perdants sur le plan économique : les classes moyennes inférieures, les commerçants ou encore les artisans sont progressivement mis de côté en raison de l’industrialisation et l’émergence des grands magasins. La plupart de ceux-ci étant souvent dirigés par des hommes d’affaires juifs, cela a progressivement créé la base de soutiens aux politiques antisémites de droite – d’autant que la majorité des hommes adultes a accédé au droit de vote vers la fin du XIXe siècle.

Vous notez que les mouvements autoritaires se nourrissant de ce ressentiment ont pour trait commun de capitaliser sur une rhétorique de gauche…

Absolument. Si la plupart des politiques autoritaires ont adopté, dès la fin du XIXe siècle, une rhétorique nationaliste et populiste, ils adossaient néanmoins leur discours sur des thèmes que l’on pourrait qualifier aujourd'hui d’anticapitalistes, antimondialisation, et anti grandes entreprises – soit des thèmes chers à la gauche. Pourquoi ? Parce que la mondialisation qui émerge doucement à l’époque fait des perdants sur le plan économique à cause de l’élargissement croissant des échanges commerciaux mondiaux. Ayant le sentiment d’être déclassés, la plupart se tournent alors vers les politiques qui abordent ces questions, à savoir le sentiment de victimisation économique et le ressentiment envers les élites qui sont perçues comme responsables. Depuis, cette façon de miser sur une politique d’affirmation nationale contre les "forces économiques mondiales" n’a jamais vraiment cessé.

En tête des pays susceptibles de sombrer à nouveau dans l’autoritarisme se trouve mon pays

Comment expliquez-vous, dans ce cas, le soutien persistant d’électeurs favorisés, parfois gagnants de la mondialisation, à des leaders autoritaires ?

Tout simplement parce que les élites considèrent que les politiques autoritaires pourraient servir leurs intérêts économiques. A raison, puisqu’il existe bien souvent chez ces derniers une contradiction entre leurs discours et leur relation aux élites, car pour accéder au pouvoir, les mouvements autoritaires savent qu’ils devront aussi séduire les élites, qui peuvent faire la différence dans les urnes. En témoigne le cas du parti nazi de Hitler : si celui-ci a certes commencé son ascension en tenant des discours anti-élites et anticapitalistes, il s’est rapidement transformé en parti des grandes entreprises, celles-ci offrant de nombreuses opportunités, l’accès à la richesse et au pouvoir. On peut également mentionner l’Amérique de Trump, où une large part des élites a très bien compris que, bien qu’ayant une tendance autoritaire, celui-ci soutiendrait vraisemblablement la déréglementation, la suppression des pouvoirs de supervision du gouvernement, etc. Cela étant, ne sous-estimons pas, là encore, le pouvoir du ressentiment, tant chez les élites qu’au sein de la classe moyenne supérieur.

Comment cela ?

Il existe parmi ces groupes un sentiment d’anxiété lié au statut social. Ainsi, aux Etats-Unis, beaucoup de personnes relativement aisées votent pour Trump parce qu’elles considèrent que leur position risque de se dégrader. La question pivot étant principalement celle de la "race", qui est un enjeu fondamental en Amérique. Ici, presque tout se résume à cela en politique. Beaucoup de Blancs aisés ont le sentiment que le pays devient de moins en moins blanc, et qu’il confère progressivement de nombreux avantages aux non-Blancs. Discours repris par Donald Trump, comme en témoigne sa sortie selon laquelle le mouvement pour les droits civiques a été très préjudiciable aux Blancs américains. En d’autres termes, même si les Blancs sont en moyenne financièrement les plus aisés, ils s’inquiètent pour leur statut social, et développent donc un important ressentiment à l’égard des personnes non-blanches.

A vous écouter, on a l’impression que les démocraties restent quelque peu attentistes face à ce ressentiment…

Oui. Lorsque les démocraties n’adressent pas les angoisses économiques des citoyens, elles échouent le plus souvent à endiguer ce ressentiment. Je le dis avec beaucoup de regret, car personnellement je suis favorable au capitalisme et au commerce mondial, mais force est de constater qu’il existe des domaines où cela n’a pas fonctionné, notamment depuis la fin de la guerre froide. Il y a clairement eu des perdants sur le plan économique, notamment sous l’impulsion des changements technologiques et, plus généralement, de la façon dont l’économie mondiale s’est remodélisée. Je n’ai aucun doute sur le fait que c’est dans ce terreau que l’extrême droite puise depuis des années, notamment dans les régions où les délocalisations d’entreprise ont le plus durement frappé les populations, par exemple en Pennsylvanie, aux Etats-Unis. Et pourtant, les démocraties semblent aveugles face à cet enjeu fondamental.

N’existe-t-il pas de précédents où des démocraties sont parvenues à endiguer ce sentiment d’humiliation que vous décrivez ?

Le meilleur exemple de réussite reste, à mes yeux, celui de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. A l’époque, le chancelier Konrad Adenauer voulait faire de l’Allemagne une démocratie stable, et pour ce faire, il a misé sur une politique économique et sociale visant à éliminer le ressentiment susceptible d’alimenter l’extrémisme politique. C’est ainsi que, dans les années 1950, l’Allemagne de l’Ouest a développé l’économie sociale de marché, soit un Etat-providence assez complet, avec des politiques gouvernementales visant à renforcer la productivité. Ce qui a réussi à créer une économie prospère, et donc à réduire le sentiment d’humiliation dont le pays pâtissait depuis longtemps. Cela étant, il convient de rappeler qu'Adenauer a également mis fin au processus de dénazification entrepris après la guerre, ce qui a aussi conduit à ce que d’anciens nazis reviennent sur le devant de la scène. Mais cela faisait aussi partie de sa stratégie : ne pas faire des anciens nazis les ennemis de la nouvelle démocratie.

Plus largement, que devraient faire, selon vous, les démocraties pour endiguer cette montée du sentiment d’humiliation ?

L’idéal serait de ressusciter une sorte de plan Marshall. En effet, dans les années 1940 et 1950, les démocraties européennes ont relativement bien réussi. Je suis convaincu qu’il existe des moyens de reprendre ce modèle et de l’appliquer aujourd’hui, en particulier en ce qui concerne la nécessité de trouver des moyens d’investir pour offrir un meilleur avenir économique aux perdants des changements de ces trente dernières années, afin de leur ouvrir des perspectives plus optimistes et prometteuses. Evidemment, ce serait difficile sur le plan politique, car cela impliquerait de dépenser beaucoup d’argent. Mais, à mon sens, c’est la seule voie à suivre pour endiguer la montée de l’autoritarisme. Sinon, nous continuerons ce cycle maudit, et verrons tôt ou tard des Marine Le Pen ou des partis comme l’AfD arriver au pouvoir.

Dans Foreign Affairs, vous écriviez que, si les démocraties continuent de ne pas adresser le ressentiment croissant de leurs sociétés, le monde pourrait bien se diriger à nouveau vers un "cataclysme mondial". Que vouliez-vous dire ?

Je n’aurais jamais pensé dire cela il y a encore un an. Mais en tête des pays susceptibles de sombrer à nouveau dans l’autoritarisme se trouve mon pays. Ce qui, dans le pire des cas, pourrait mener à une nouvelle guerre mondiale. En témoignent ces dernières semaines qui, à bien y regarder, auraient facilement pu voir éclater une guerre entre les Etats-Unis et le reste de l’Otan concernant le Groenland. Heureusement, Trump a fait marche arrière, comme il le fait souvent lorsqu’il rencontre une opposition. Il voudrait être un tyran, mais il est aussi trop faible, stupide et lâche, ce qui atténue en quelque sorte les dégâts qu’il pourrait causer. Cela étant, cette possibilité demeure. Tôt ou tard, les régimes autoritaires finissent par agresser d’autres pays. C’est vrai avec Poutine, et c’est vrai pour Trump.

L'humiliation ressentie par des figures comme Donald Trump, souvent la cible de vives critiques voire de moqueries, ne contribue-t-elle pas elle aussi à la montée de l'autoritarisme ?

C'est vrai : les dirigeants autoritaires sont souvent des individus qui généralisent leur humiliation personnelle à leur pays. C'est le cas de Poutine, qui a généralisé son échec professionnel en tant qu'officier du KGB à son pays. C'était le cas de Hitler, qui avait échoué dans tout ce qu'il avait entrepris avant de se lancer dans la politique, et c'est le cas de Trump, un homme très limité et sans talent, qui est incroyablement susceptible. C'est pourquoi Trump est incapable de prononcer une phrase sans insulter quelqu'un ou appeler à une forme de "représailles".

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