Près d’un quart des startups européennes de l’IA envisagent de déménager aux Etats-Unis
Les cabinets de conseil JFD et EY Fabernovel viennent de publier leur deuxième baromètre européen de l’IA (intelligence artificielle). Ils y rappellent d’abord qu’une « application d’IA n’est pas un produit monolithique » mais repose sur « une chaîne de valeur complexe » (données, infrastructures, modèles, intégration, adoption) qui mobilise des fournisseurs spécialisés. En décortiquant cette chaîne de valeur, l’étude montre que les entreprises européennes sont dépendantes de solutions « conçues, opérées et souvent contrôlées par des acteurs extérieurs à notre continent ». Et la dépendance commence dès l’amont de la chaîne (matériaux critiques, réseaux, cloud).
Si la course à l’IA est bien « le plus grand projet industriel de l’histoire » comme l’a dit Sam Altman, cofondateur et PDG d’OpenAI (ChatGPT), alors force est de constater que l’Europe reste spectatrice de cette compétition.
L’étude rappelle les freins européens à l’innovation que nous dénonçons régulièrement dans ces colonnes : inflation normative, lourdeur administrative, coûts juridiques élevés et auto-censure face à des règles difficiles à interpréter. Entre 2019 et 2024, l’Union européenne (UE) a adopté 13.000 actes législatifs. Les Etats-Unis, 3500 !
Un autre obstacle de taille à la naissance de champion de l’IA en Europe est le manque de capital-risque, en partie dû à la quasi-absence de fonds de pension. De fait, « les entreprises européennes peinent à lever les fonds nécessaires » pour croître. De nombreuses startups se tournent alors vers des investisseurs non-européens, principalement américains.
Il s’avère aussi que l’UE est un marché secondaire même pour les startups européennes de l’IA puisque 46% d’entre elles réalisent leur « principal chiffre d’affaires en Amérique du Nord ».
Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que 23% des startups européennes de l’IA envisagent de transférer leur siège aux Etats-Unis.
L’étude n’est cependant pas pessimiste car l’UE a des atouts, notamment des entrepreneurs innovants et dynamiques. Encore faut-il qu’ils puissent faire croître leur entreprise. Pour cela, l’UE doit simplifier vraiment sa réglementation et redonner de la vitalité à son marché unique, notamment en donnant naissance à un véritable marché des capitaux.
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