Élise Lucet ou la partialité et l’opacité du service public
Le 10 février, c’était au tour d’Élise Lucet, journaliste chez France Télévisions, d’être interrogée par la commission d’enquête sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, en présence de Sophie Le Gall, rédactrice en chef de l’émission Cash Investigation et de Gilles Delbos, rédacteur en chef de l’émission Envoyé spécial. De nombreux sujets ont été abordés. Nous évoquerons ceux qui, selon nous, illustrent le mieux l’opacité qui règne au sein de France Télévisions.
À l’instar de Léa Salamé, Mme Lucet a refusé de donner le montant exact de sa rémunération devant la représentation nationale. « J’ai toujours été transparente (…) parce que j’ai 42 ans de métier », a-t-elle affirmé. Les documents ont certes été envoyés il y a plusieurs jours à la commission, mais le rapporteur Charles Alloncle n’a pas manqué de souligner qu’il a dû attendre plusieurs mois avant de les recevoir, alors qu’il s’agit d’argent public. Un constat qui vaut pour l’ensemble des cadres et dirigeants de France Télévisions : « Au fil des auditions, on nous a opposé tantôt le droit à la vie privée, tantôt le secret des affaires, voire même l’argument selon lequel ces informations nuiraient à la concurrence avec les chaînes privées (…). Il y a une forme de conflit que je n’explique pas parce que c’est simplement le respect de la loi. »
Autre question soulevée par le rapporteur : l’impartialité dans le choix des sujets. « Il y a des sujets qui ne font l’objet d’aucun traitement » a-t-il fait remarquer. C’est le cas, par exemple, de personnalités comme Tariq Ramadan, Gérard Miller, Olivier Duhamel ou encore Jack Lang – « des personnalités influentes toutes mises en cause et accusées de scandales sexuels ayant fortement marqué l’opinion publique ». Élise Lucet s’est défendue : « Le bruit médiatique, ce n’est pas ce qui nous intéresse le plus », la question étant « d’apporter quelque chose de plus », de ne pas « se faire concurrence » entre émissions du groupe et de ne pas dépenser l’argent public « à tort et à travers » (Complément d’enquête ayant déjà fait un documentaire sur l’affaire Epstein).
Pour M. Alloncle, d’autres sujets, en revanche, font l’objet d’une « forme d’obsession » de la part de France Télévisions. Sans remettre en cause leur pertinence, et pour appuyer son propos, il a dressé une liste d’émissions sur l’Église : l’enseignement privé sous contrat (Cash Investigation, 29 janvier 2026), les églises évangéliques (Envoyé spécial, 25 septembre 2025), le scandale Bétharram (Complément d’enquête, 22 mai 2025), l’école privée catholique Stanislas (Complément d’enquête, 10 octobre 2024), une chorale catholique (Envoyé spécial, 30 mars 2023)… Pourquoi ne pas parler davantage d’Islam, de judaïsme, de bouddhisme ou de radicalisation religieuse, notamment de séparatisme islamiste ? « On vous répondra très précisément par écrit », a répondu la journaliste. Même question concernant les reportage sur des personnalités étrangères de droite (Giorgia Meloni, Nayib Bukele) : pourquoi ne pas parler également de personnalités étrangères de gauche « éminemment contestables et au cœur de l’actualité », comme Nicolás Maduro au Vénézuela, ou Miguel Díaz-Canel Bermúdez à Cuba ? Là encore, la réponse d’Élise Lucet et de ses confères fut laconique.
Au fond, cette audition laisse surtout l’impression que l’audiovisuel public est prompt à revendiquer sa neutralité et son indépendance, mais beaucoup moins empressé rendre des comptes aux contribuables. Peut-on prétendre incarner un « service public » lorsque la transparence est vécue comme une contrainte, et non comme une condition minimale de sa légitimité ?
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