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Savoir prendre de l’âge

Dans ce bref texte autobiographique, Gérard Bensussan se rappelle les mots de son enfance algérienne et réfléchit au rapport qu’il entretient, vieillissant, avec ces mots. Si le résultat consiste en un ensemble de réflexions personnelles sur le vieillissement, l'auteur n’entreprend pas pour autant de conceptualiser ce que signifie la vieillesse. Car, de même que pour le visage d'après Levinas, on ne peut pas à proprement parler faire l’expérience du vieillissement. L’expérience suppose en effet une relation intentionnelle à un objet apparaissant, susceptible d’être thématisé. Or, le vieillissement échappe à toute intentionnalité, n’apparaît jamais en tant que tel, au sens où il n’est pas un événement ponctuel tel qu’on pourrait le délimiter par un avant et un après — comme on peut le faire pour la maladie, par exemple. Ainsi, le vieillissement n’est pas à proprement parler une expérience ; il demeure toutefois une quasi-expérience, dans la mesure où on peut en parler, ne serait-ce qu’en décrivant ses effets, ses conséquences.

Vieillissement et mort

Spécialiste, entre autres, de Levinas, Heidegger, Schelling, Hegel ou Derrida, qui ont tous accordé une grande importance à la mort, Bensussan caractérise le vieillissement par l’idée d’une habituation progressive à l’idée de sa propre mort. Vieillir, selon lui, c’est se familiariser non pas avec l’idée de la mort en général, mais avec l’inévitabilité de la sienne propre, et c’est donc vivre comme sous son regard. Il écrit ainsi :

« La mort emménage, ici, chez moi. Nulle effraction, ni surprise violente, elle n’est pas ce voleur de nuit qui s’empare de ses victimes, dans l’effroi du rapt [...]. Comme une présence sourde, déplaisante mais pas davantage, ni angoisse, ni suffocation, juste un peu d’inquiétude, hora incerta. Inutilité d’entreprendre, de s’engager dans des projets, une fin de moi difficile ».

En ce sens, vieillir, ce n’est pas vivre sa mort, mais c’est vivre avec l’idée de plus en plus présente de son imminence, c’est entretenir avec elle, comme le dit aussi l’auteur, un « rapport de compagnonnage ». Cela signifie à la fois vivre avec l’idée de la mort (le compagnon est celui accompagne quelqu’un) et se préparer à mourir (le compagnonnage étant un temps pendant lequel on doit travailler chez un maître pour finir de se former). Autrement dit, c’est le temps vécu, passant, qui prépare à la mort, ce temps particulier qu’est le vieillissement.

Les effets du vieillissement

Si on ne peut pas faire l’expérience du vieillissement en tant que tel, on peut toutefois en examiner les effets. C’est pourquoi Bensussan décrit quelques effets subjectivement ressentis du vieillissement. Il évoque d’abord le rapport à l’oubli, en opposant deux attitudes opposées. Dans le temps d’avant le vieillissement, il cherchait activement par la mémoire à retenir les événements vécus, comme pour les conserver et pouvoir se les rendre présents. Vieillissant, il ne s’efforce plus de se souvenir, il abandonne la tension et le travail réclamés par la volonté de fixer le passé. Mais ce qui pourrait passer pour une incapacité est en réalité une transformation de la manière de vivre : l’accès à une liberté intérieure dans une forme de détachement et de lâcher prise. Bensussan parle en ce sens d’un « allègre consentement à l’évènement », comme si le chemin vers la vieillesse prenait la forme d’un chemin vers la sagesse.

Un autre effet du vieillissement constaté par Bensussan, vécu dans sa chair, c’est la diminution ou l’affaiblissement des capacités de préhension. De plus en plus fréquemment, un objet tombe des mains, un geste est maladroit : ces faits tendent à manifester un affaiblissement des forces et du corps. Ici, le vieillissement se ressent moins comme un processus continu que comme une succession discontinue de dysfonctionnements organiques. Comme le synthétise l’auteur : « On ne devient pas vieux. On meurt par à-coups ». C’est pourquoi le philosophe caractérise aussi le vieillissement comme l’expérience physiologique d’une perte de maîtrise et de confiance progressive à l’égard de ses muscles – et plus généralement de son propre corps.

On comprend alors pourquoi le consentement devient nécessaire, pour palier la perte de la maîtrise. « Vieillir, n’est-ce pas consentir aux hasards, accepter de s’en remettre à leurs jeux ? » Il y a dans le consentement, dans l’acceptation du passage affaiblissant du temps, une attitude sage de renoncement à l’action, l’accueil d’une nouvelle façon de vivre, d’une forme de passivité qui n’est pas abandon ou démission devant la vie, mais renonciation à certains projets.

La métamorphose du moi

Vieillissant, on devient de plus en plus étranger à celui qu’on était. Tout en croyant demeurer le même, on s’altère et se transforme. Bensussan évoque ainsi l’expérience du changement physique lorsqu’on se regarde dans un miroir et que l’image qu’il nous renvoie diffère tant de celle qu’on imagine ou qu’on se souvient avoir. On devient, en quelque sorte, à ses propres yeux, méconnaissable : on ne parvient pas à se reconnaître, à s’identifier. Et au fur et à mesure du passage du temps, l’écart s’agrandit entre l’image qu’on présente aux autres et celle qu’on garde de soi. Ce que résume ainsi l’auteur :

« Une sorte d’intime conviction, d’évidence difficilement ébranlable, m’assurait d’une pérennité qui confinait à la perexistence tranquille : je suis le même, c’est sûr. Et puis, du dehors, des autres, du monde m’arrive un jour le choc inassumable : je ne suis pas le même, je suis altéré, je suis vieux. Je ne comprends pas ni ne comprendrai jamais pourquoi je suis vieux sans jamais l’être “devenu” ou l’avoir vu venir et devenir ».

Non seulement le vieillissement change mon corps, mais il transforme d’un seul coup la personne que je crois être, le sujet et l’objet de cette croyance. Pour « donner une idée » — puisqu’on ne peut guère faire plus — du sentiment d’étrangeté à soi-même que produit le processus du vieillissement, Bensussan le compare à l’impression de « dépossession de soi » qui se produit quand on entend sa propre voix, par exemple en regardant une vidéo : on sait que c’est elle, mais on ne la reconnaît pas. Vieillir c’est devenir autre que ce qu’on était, devenir un autre que le soi qu’on était tout en continuant à devenir soi.

Les mots, les livres et les âges

Outre ces réflexions sur le vieillissement et une forme d’art de prendre de l’âge, le philosophe est attentif à d’autres questionnements liées à ces considérations. Il rapporte qu’avec le temps, il ne lit plus de la même façon, ni les mêmes ouvrages ou le même type d’ouvrage, et à l’aune d’une vie vécue au coeur des livres, il expose une lumineuse définition de la lecture :

« Toute lecture fend d’un seul coup de hache la mer gelée qui est en nous, dit Kafka. On pourrait dire aussi, dans le même ordre d’idées, que lire, c’est passer à sec une mer rouge, tracer en nous une voie étroite, sûre mais précaire. Lire, c’est toujours fendre, ouvrir, se frayer un chemin, avancer vers ce qu’on ignore, dans un geste grave, violent parfois, dont s’attend un miracle, le miracle de l’affranchissement, une libération et la divulgation d’un secret, un rajeunissement. Attente toujours hébétée, comme après un long sommeil qui fait perdre ses repères et annule la connaissance des lieux. La lecture n’est pas réception éveillante, synthèse passive, simplement associative, qui se contenterait d’activer le signe pour en réactiver la signification. Elle est sans âge, hors-temps. »

Respiration essentielle dans une vie de l’esprit, la lecture permet une jeunesse éternelle de l’esprit parce qu’elle est attentive à l’inédit, à ce qu’il n’a pas encore vu, qui renouvelle la perception du monde du lecteur, quel que soit son âge effectif. On pourrait presque dire qu’une vie de lecture est moins cumulative — au sens d’une somme toujours croissante d’œuvres digérées pour ébaucher une vision du monde de plus en plus complète, précise et détaillée — qu’une incessante nouvelle construction dans laquelle tout ce qui a été lu précédemment ne préjuge pas de la nouveauté de ce qui est sur le point d’être lu.

Benussan se demande également ce que vont devenir ses livres quand il sera mort. Il reconnaît que, même dans la vieillesse, on a l’impression que ce qu’on doit produire n’a pas encore été produit et qu’on n’a écrit que « l’avant-goût, une préparation, le brouillon d’une œuvre à venir, c’est-à-dire rien ou à peu près rien, mesuré à ce qui se projette ». Paradoxalement, cette aspiration à écrire quelque chose qui semblerait essentiel est mis en tension avec ce qu’il appelle — en reprenant la formule à Borges — le « déshonneur des roses », expression signifiant que « toute la beauté du monde est dérisoire, elle ne pourra jamais faire que la mort nous épargne, celle de l’ami, la nôtre. Le déshonneur des roses, c’est la finitude de l’être et la futilité de toute consolation esthétique ». Comme si le monde intimement vécu et le monde reconfiguré par les œuvres d’art n’était pas absolument réconciliables.

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