La Présidence impériale de Donald Trump se heurte aux contre-pouvoirs
Contrairement aux analyses superficielles, la Constitution américaine jugule bien le populisme du Président. Combien avons pu nous lire d’articles de journalistes ou de prétendus spécialistes qui nous annonçaient la fin de l’Etat de droit aux Etats-Unis ! Donald Trump aurait tous les pouvoirs et même la fonction judiciaire lui serait soumise ! Qu’on s’en délecte ou qu’on s’en lamente, le populisme trumpien aurait ainsi mis à bas la Constitution américaine.
Ces analyses superficielles ont volé en éclat avec la décision de la Cour suprême du 20 février. En effet, la Cour, en dépit d’une majorité de juges nommés par des autorités républicaines (dont trois par Donald Trump), a infligé ce que La Tribune (21 février 2026) a qualifié de « gifle ». Certes, la presse française, traditionnellement antirépublicaine, n’a pas boudé son plaisir. Mas il faut faire preuve d’un peu plus de hauteur de vue.
D’abord, il n’y avait pas besoin d’être diplômé de Harvard pour savoir que les « droits de douane réciproques » infligés par le Président américain risquaient fort d’être déclarés anticonstitutionnels.
Ensuite, il ne fallait guère connaître les institutions américaines pour oublier combien elles sont essentielles aux yeux de la plupart des citoyens, nonobstant les inquiétants populistes de tous bords.
Enfin et surtout, il fallait faire preuve de peu de lucidité pour oublier combien la fonction judiciaire est primordiale outre-Atlantique. Les leçons d’Alexis de Tocqueville ont paru bien oubliées. N’insistait-il pas pourtant sur le fait que le corps des légistes formait, « pour ainsi dire, l’unique contrepoids à la démocratie » ? N’écrivait-il pas de manière célèbre : « Il n’est presque pas de question politique, aux Etats-Unis, qui ne se résolve tôt ou tard en question judiciaire » (De la démocratie en Amérique, tome I, II, VIII) ?
La « tyrannie de la majorité », dixit Tocqueville, s’est heurtée aux défenseurs de la Constitution, lesquels ont rappelé qu’un Président américain, certes doté par la pratique des institutions de pouvoirs considérables, n’était pas pour autant tout-puissant. En l’espèce les droits de douane imbéciles qui ont été mis en place par Donald Trump, du moins ceux qualifiés de « réciproques », n’existent plus.
Bien entendu, le Président américain a déclaré n’importe quoi pour couvrir sa défaite en rase campagne, en accusant notamment les juges d’avoir été soumis à des influences étrangères… C’est aussi une des caractéristiques du populisme que de fouler aux pieds les formes chères aux libéraux.
Que va-t-il advenir maintenant de Donald Trump ? La prochaine étape décisive sera constituée par les élections de mi-mandat au Congrès le 3 novembre prochain. De deux choses l’une. Soit les élections se passent mal pour les Républicains et le pouvoir de Donald Trump, qui demeurera important en tant qu’indiscutable titulaire de la fonction exécutive, sera plus contrôlé par la majorité démocrate. Soit elles se passent bien pour eux et le pouvoir du Président diminuera lentement, mais il s’étiolera tout de même du fait de son impossibilité constitutionnelle de se représenter dans deux ans.
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