Brésil: début du procès des assassins de l'élue Marielle Franco, icône LGBT+
Le 14 mars 2018, celle qui était alors conseillère municipale de Rio de Janeiro avait été criblée de balles dans sa voiture en plein centre-ville.
Agée de 38 ans, elle est morte sur le coup, tout comme son chauffeur, Anderson Gomes.
Le tireur et son complice ont déjà été condamnés à de lourdes peines de prison en 2024.
Le parquet accuse désormais l'ancien député fédéral Chiquinho Brazao et son frère Domingos, ex-député régional de Rio, d'avoir commandité ce crime qui a profondément choqué au Brésil et au-delà.
Le mobile ? Selon l'accusation, Marielle Franco s'opposait au sein du conseil municipal à des propositions défendues par les deux frères et facilitant l'accaparement de terres par des milices qui sèment la terreur à Rio.
Elle-même issue d'une favela, l'élue de gauche défendait ardemment les droits des habitants des quartiers pauvres, notamment les jeunes Noirs, les femmes et les membres de la communauté LGBT+.
"Tentacules" du crime
Sa sœur Anielle Franco, actuellement ministre de l'Egalité raciale dans le gouvernement du président de gauche Luiz Inacio Lula da Silva, sera présente au procès, tout comme d'autres membres de sa famille.
"Je n'ai aucun doute sur le fait que les responsables seront condamnés, et c'est très important", a dit pour sa part la veuve de la conseillère municipale, Monica Benicio, dans une tribune publiée samedi par le quotidien O Globo.
"Mais l'écosystème du crime qui a tué Marielle continue d'opérer et d'étendre ses tentacules", a-t-elle averti.
Une allusion aux milices, des organisations criminelles formées à Rio il y a une quarantaine d'années par d'anciens policiers et qui se présentaient initialement comme des groupes d'auto-défense contre le narcotrafic.
Ces dernières sont rapidement devenues de redoutables gangs pratiquant l'extorsion et s'accaparant des terrains publics pour y construire illégalement des logements ou des bâtiments commerciaux, tout en bénéficiant de soutiens politiques haut placés.
Trois autres accusés sont également jugés par la Cour suprême pour leur implication présumée dans l'assassinat de Marielle Franco : l'ancien commissaire Rivaldo Barbosa, l'ancien policier Ronald Paulo de Alves et Robson Calixto Fonseca, ex-assistant de la Cour des comptes de Rio.
Rivaldo Barbosa était l'ancien chef de la police civile de Rio, chargée initialement de l'enquête, qui a longtemps patiné.
Selon l'accusation, il a "œuvré pour assurer l'impunité des commanditaires".
Les cinq accusés ont été placés en détention provisoire. L'ancien député Chiquinho Brazao est actuellement assigné à résidence.
Accord de collaboration
En octobre 2024, un jury populaire avait condamné à 78 ans de prison Ronnie Lessa, qui a avoué avoir tué Marielle Franco à l'aide d'une mitraillette.
Il a tiré sur la conseillère municipale et son chauffeur depuis un véhicule conduit par son complice Elcio Queiroz, qui a écopé de 59 ans de réclusion.
Lors du procès, Ronnie Lessa avait déclaré avoir été "aveuglé" et "rendu fou" par la somme de plusieurs millions de dollars offerte pour commettre le crime.
Les frères Brazao ont toujours nié les faits qui leur sont reprochés, remettant en cause notamment la validité d'un accord de collaboration noué par le tireur avec la justice pour passer aux aveux.
"L'accusation ne repose pas seulement sur cette collaboration de Ronnie Lessa. Elle s'appuie sur divers indices, des dépositions, des documents qui corroborent" ses aveux, avait déclaré en juin 2024 le juge de la Cour suprême Alexandre de Moraes pour justifier l'ouverture d'un procès.
Celui-ci aura lieu devant la plus haute instance judiciaire du Brésil en raison du statut parlementaire de Chiquinho Brazao au moment où les poursuites ont été engagées.
En tant que rapporteur, le juge Moraes sera le premier des quatre magistrats à voter pour décider de condamner ou non les accusés.
Ce juge aussi puissant que clivant était déjà chargé d'un autre procès historique, celui lors duquel l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro a été condamné en septembre à 27 ans de prison pour tentative de coup d'Etat.