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Les « invasions barbares » : la migration dans les gènes

L’historien médiéviste états-unien Patrick Geary, professeur émérite à l’Institute for Advanced Study de Priceton (New Jersey), a fait paraître en octobre 2025 un ouvrage dont le titre annonce d’emblée tout un programme : Comment la génétrique réécrit l’histoire du Moyen Âge. Le livre peut être conçu comme une démonstration de l’intérêt de la génétique pour l’histoire. Il s’agit en l’occurrence de l’histoire de ce que l’on a appelé « les invasions barbares ».

« Peuples » d’hier et d’aujourd’hui

Cette expression « d’invasions barbares » ne désigne pas à proprement parler des vagues d’invasions successives de peuples barbares. Elle désigne plutôt les incursions successives de troupes ou d’armées, entre le IIIe et le Ve siècle, composées d’individus perçus comme des étrangers par les Romains, qui les désignent comme des « peuples barbares ». Ces peuples prennent des noms qui sonnent parfois encore familiers de nos jours comme les Huns, les Francs, les Vandales ou encore les Goths. L’histoire de ces « invasions barbares » est complexe sur plusieurs plans. D’une part, du point de vue documentaire, on dispose de peu de textes et tous sont issus du monde romain. Cela implique que les historiennes et historiens restent tributaires du discours des Romains sur ceux qu’ils ont désignés comme des « barbares ». D’autre part, les peuples en question se sont retrouvés près de 1 500 ans plus tard au cœur des discours nationalistes dans l’Europe à l’heure des États-nations. Ces considérations nationalistes n’ont pas été sans impact sur le monde scientifique et les thèses du XIXe et de la première moitié du XXe siècle. Elles ont grandement interféré quand il s’agissait de répondre à la question « qui sont les barbares ? ».

Patrick Geary ne peut pas éviter la question de la définition des « peuples barbares », avant même celle des « invasions ». Il rappelle que ce sont les Romains qui affublent d’ethnonymes ce qu’ils perçoivent comme des peuples vivant en dehors du limes, c’est-à-dire au-delà des frontières de l’empire. La définition de ces peuples n’est donc pas le fait des peuples en question. Ce sont les Romains qui identifient un chef et des groupes humains sous sa domination avant de désigner le tout comme un peuple. Il s’agit donc d’abord de peuples pour les Romains. Ce n’est que dans un second temps que les différents peuples « barbares » s’approprient ces ethnonymes pour se désigner eux-mêmes.

À cela s’ajoute un problème historiographique autour de la notion de « peuple », c’est-à-dire un problème relatif à la manière dont on a écrit l’histoire par le passé. Le paradigme de l’État-nation joue un rôle important dans la conception de la notion de « peuple » chez les historiens et les archéologues jusqu’au moins la première moitié du XXe siècle. Cette conception n’était alors que rarement questionnée et a été appliquée à des sociétés du passé ne connaissant pas d’États-nations, c’est-à-dire à des sociétés extra-européennes ou européennes d’avant la fin du XVIIIe siècle. Selon ce paradigme, un « peuple » est à concevoir comme un groupe social partageant une langue et une culture commune tout en vivant au sein d’un territoire, c’est-à-dire d’un espace géographique délimité par une frontière, ce qui implique un « dedans » et un « dehors ». Si cette notion peut paraître presque naturelle aux lectrices et lecteurs d’Occident aujourd’hui, elle a peu de pertinence pour décrire les sociétés européennes avant la fin du XVIIIe siècle. C’est pourtant bien cette conception de « peuple », héritée de la philosophie des Lumières et du XIXe siècle, qui a été opérante dans les travaux des historiens travaillant sur les « invasions barbares ». Patrick Geary montre bien ce fait en présentant les travaux de l’archéologue allemand Gustaf Kossinna (1858-1931). Celui-ci s’inscrit dans une approche racialiste des sciences historiques et a développé l’idée selon laquelle on peut associer à une culture archéologique, un peuple, un territoire et une langue unique. Sa méthodologie a grandement inspiré celle des archéologues nazis des années 1930-1940.

Ce détour historiographique dans l’ouvrage de Patrick Geary est essentiel. Il marque la conscience qui est la sienne de la difficulté qu’il y a à faire une histoire des migrations à la fin de l’Antiquité et au début du Moyen Âge. Il permet enfin de montrer à ses lectrices et lecteurs les conséquences d’un usage non-réflexif des notions en sciences humaines et sociales. L’auteur donne à voir le piège dans lequel il ne souhaite pas tomber en rouvrant le dossier des migrations de la fin de l’Antiquité et du début du Moyen Âge : celui de l’histoire racialiste, une histoire qui participe de la matrice des nationalismes européens des années 1920-1940, voire au-delà.

La génétique comme corpus documentaire pour l’histoire

Le tableau historiographique qu’il a dressé pourrait laisser penser que cette histoire racialiste est dorénavant cantonnée au passé. Pourtant, Patrick Geary relève que certains travaux de génétique des populations — une discipline qui doit son essor aux progrès de la biologie et son renouvellement au séquençage de l’ADN humain au début des années 2000 — s’inscrivent dans la continuité de ce paradigme. Cet écueil s’explique par des concepts mal questionnés et par le manque de dialogue entre génétique des populations et sciences humaines et sociales. L’auteur regrette cette absence de dialogue qui a laissé s’épanouir ce genre de récits historiques dans d’autres cadres que celui des sciences humaines et sociales. L’établissement d’un tel dialogue est au cœur de son ouvrage. Cela nécessite de transmettre des notions de génétiques aux historiens et historiennes, tâche à laquelle il s’est attelé avec une grande clarté.

Dans les années 1990-2000, l’état des connaissances en génétique ne permettait pas d’envisager raisonnablement son usage dans le cadre de problématiques historiques. Patrick Geary affirme que cette situation a changé depuis, grâce aux progrès de la discipline. Il est maintenant possible de mener des études bien plus fines qui permettent d’imputer une proximité ou une distance génétique entre deux individus, voire de retrouver des liens de parenté biologique.

Il est important de bien distinguer la « parenté » de la « parenté biologique ». Cette dernière correspond aux liens de descendance découlant de l’engendrement par reproduction sexuée, tandis que la première renvoie à la construction sociale de la famille. Dans notre culture occidentale, deux parents engendrant un enfant ont un lien de parenté biologique et un lien de parenté social avec celui-ci. Cela témoigne de l’intrication entre parenté biologique et parenté sociale dans notre culture. Mais il existe également d’autres situations : les enfants qui ont été adoptés par leurs parents n’entretiennent pas de lien de parenté biologique mais ont bien un lien de parenté sociale. Même en Occident, où la conception de la parenté sociale est intensément adossée à celle de la parenté biologique, c’est la première qui prime pour définir la cellule familiale. La génétique peut nous donner accès à la parenté biologique mais pas directement à la parenté sociale. On n’accède à cette dernière que par le lien qu’elle entretient avec la parenté biologique. Selon les contextes culturels et sociaux, ce lien peut être plus moins étroit. Le fait que les études génétiques fines soient devenues possibles à l’échelle d’un site funéraire archéologique sonne, pour l’auteur, le glas du temps où la méfiance à l’égard de l’usage de la génétique comme corpus documentaire pour écrire l’histoire était salvatrice.

Une nouvelle histoire des migrations de la fin de l’Antiquité au début du Moyen Âge

L’abandon nécessaire des explications issues des paradigmes anciens a laissé une sorte de vide quant à l’explication des migrations. On savait que des gens s'étaient déplacés et que cela n’avait pas eu lieu sous la forme décrite par l’histoire racialiste, mais le « comment » de ces déplacements est demeuré assez flou. La proposition forte de Patrick Geary est que pour écrire cette histoire, il faut adjoindre aux documents historiques et archéologiques les documents génétiques. C’est ce qu’il propose de mettre en œuvre pour une histoire de la démographie du bassin des Carpates de la fin de l’Antiquité au début du Moyen Âge. Cette étude s’inscrit dans le programme de recherche interdisciplinaire HistoGenes.

L’étude démographique du bassin des Carpates s’appuie sur l’analyse de sites de peuplement autour du lac Balaton (Hongrie actuelle). L’équipe de Patrick Geary a déployé tout un ensemble d’analyses génétiques sur les restes humains retrouvés lors des fouilles archéologiques de ces sites. On peut retenir l’emploi de deux grandes familles d’analyse : les analyses de parenté biologique et les analyses de métissage génétique. Le métissage génétique s’observe par l’engendrement d’enfants par des parents biologiques appartenant à des groupes humains présentant des différences génétiques. Ces différences sont le fruit d’un phénomène de convergence génétique qui s’observe quand les humains se reproduisent avec des individus issus du même groupe qu’eux, avec peu de renouvellement par des individus extérieurs au groupe, sur plusieurs générations. Un tel outil analytique est donc précieux pour étudier les migrations. C’est ce type d’analyse qui a permis à l’équipe de Patrick Geary d’identifier que seuls 6 % des 369 individus étudiés ayant vécu au Ve siècle ont un génome qui présente des caractéristiques d’Asie du Nord-Est. Ce résultat rend compte de la faible proportion d’individus originaires des steppes d’Asie parmi les Huns. Patrick Geary montre ainsi qu’être Hun, ce n’est pas descendre des cavaliers des steppes mais c’est avant tout adopter un mode de vie et une culture forgée collectivement.

L’équipe de Patrick Geary ne s’est pas intéressée qu’aux Huns, elle s’est aussi penchée sur le cas des Lombards. D’après les documents historiques, ils seraient originaires du Nord de l’Europe. Cette hypothèse est confortée par l’étude génétique menée au lac Balaton pour le VIe siècle. L’équipe de Patrick Geary y a retrouvé un groupe d’ascendance nord-européenne. Par la documentation historique, nous savons que le roi lombard Alboïn n’a pas cherché à asseoir sa domination sur le bassin des Carpates et a préféré monter une expédition militaire en 568/9 pour conquérir le Nord de l’Italie. Cette conquête a débouché sur la création d’un royaume centré autour de Pavie. L’équipe de Patrick Geary a étudié génétiquement les restes humains de 52 individus, retrouvés dans des sépultures datant du VIIe siècle sur le site de Collegno (Piémont, Italie). Ils y ont retrouvé des individus d’ascendance nord-européenne, comme sur le site du lac Balaton au siècle précédent. Cela va donc dans le sens d’une conquête lombarde de l’Italie accompagnée d’un mouvement de migration d’individus. Les analyses génétiques menées sur ce site ont également montré l’arrivée en Italie du Nord d’individus ayant un patrimoine génétique caractéristique de la péninsule Ibérique.

Cette belle étude donne à voir des flux migratoires complexes dans cette Europe du début du Moyen Âge. À rebours des vieilles thèses dépassées de l’histoire racialiste, elle permet de rendre compte de l’existence de flux de population par l’observation des brassages génétiques qui en découlent. Ces derniers dessinent une histoire des migrations bien plus complexe que celle des « invasions barbares ». Si ces conquêtes ont bien entraîné des mouvements de populations, ils ne sont pas massifs et surtout il ne s’agit pas là de l’unique ni même de la principale cause de l’ensemble des flux migratoires qui quadrillent l’Europe. Patrick Geary et son équipe ne peuvent répondre à la question des causes qui poussent ces groupes humains à quitter l’endroit où ils étaient établis pour un nouvel établissement, mais ils livrent un ensemble d’études permettant de mieux rendre compte de la réalité de ces migrations.

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