Le Liban est déjà le grand perdant de la guerre en Iran
Ni la population, ni les autorités, ni même certains cadres du Hezbollah ne souhaitaient cette escalade militaire dramatique au Levant. Et pourtant, voilà que le Liban se retrouve percuté par l’embrasement régional, transformant le pays du Cèdre en théâtre connexe de la guerre en Iran. Le 2 mars, la milice chiite - parrainée par la République islamique - a pris la décision d’envoyer un cocktail de roquettes et de drones sur Israël, offrant à l’Etat hébreu les conditions d’une nouvelle offensive d’envergure. "Une fois de plus, le Liban (est utilisé) comme plateforme pour des guerres qui ne [le] concernent pas", se désespère le président Joseph Aoun. "Un acte irresponsable qui met en danger la sécurité du Liban et donne à Israël des excuses pour continuer ses attaques contre ce pays", critique encore le Premier ministre, Nawaf Salam.
Conséquence, les Libanais se réveillent depuis plusieurs jours au milieu du fracas des bombes avec des frappes massives de Tsahal dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion de la milice chiite, le sud du pays ainsi que dans la vallée de la Bekaa. Les représailles israéliennes ont déjà coûté la vie à des dizaines de Libanais et fait déjà 60 000 déplacés selon l'ONU, alors que le pays pansait encore ses plaies, quinze mois après le cessez-le-feu entre l'Etat hébreu et le "parti de Dieu".
La décision unilatérale de la direction du Hezbollah a pris de court jusqu'à certains cadres… de son propre mouvement et son précieux allié chiite Nabih Berri, le président du Parlement. "Après l’élimination du Guide suprême Ali Khamenei, le Hezbollah n’avait plus le choix", explique Danny Citrinowicz chercheur à l’Institut for national security studies, à Tel-Aviv.
Un choix suicidaire pour le Hezbollah
Cette décision d’entrer en guerre semble donc bien émaner directement des hautes sphères de l’organisation terroriste, comme son bras armé le "Conseil du Djihad" et son cerveau stratégique, le "Conseil de la Choura", où les Iraniens occupent des positions stratégiques. Un choix suicidaire, alors que le Hezbollah n’est plus que l'ombre de lui-même depuis l'opération des bipeurs en 2024 menée par le Mossad qui a décapité tout son état-major et dont la puissance militaire s'est considérablement affaiblie : environ 80 % de ses roquettes, notamment celles de longue portée et de haute précision, auraient été détruites par Israël au cours de l’année écoulée !
Cette nouvelle poussée de fièvre tombe mal, au moment où Beyrouth déploie tous ses efforts pour reprendre le contrôle par l’Etat des armes en circulation. Les forces armées libanaises ont déjà mené à bien la première phase d’un plan de désarmement du Hezbollah - sous la pression de Washington - dans le sud du Liban et s’engagent à poursuivre ce vaste chantier au nord du fleuve Litani. Dans ce contexte de guerre en Iran, le président Joseph Aoun et Emmanuel Macron ont été contraints de reporter au mois d’avril la conférence internationale de soutien à l’armée, prévue initialement ce 5 mars à Paris.
Un long processus de réhabilitation que les Occidentaux espèrent ne pas voir torpiller. "Maintenant que le Liban a officiellement interdit les activités militaires du Hezbollah, une opportunité réelle pourrait émerger à l’issue de ce conflit, espère Matthew Levitt, spécialiste du terrorisme au sein du Washington Institute for Near East Policy. Avec une milice chiite affaiblie sur le plan politique et militaire, Israël et le Liban pourraient enfin dépasser leur état de guerre officiellement déclaré".
Un coup de fil entre Macron et Netanyahou
En réponse aux tensions actuelles avec le Hezbollah, Tel-Aviv a déjà mis en place une "zone tampon" destinée à sécuriser la zone nord du Liban. Tsahal n’exclut pas de s’emparer de "territoires stratégiques supplémentaires", a laissé entendre le ministre de la Défense, Israël Katz. Pour parer à toute initiative risquée, Emmanuel Macron s’est entretenu par téléphone avec Donald Trump mais aussi Benyamin Netanyahou, pour lui demander "de s’abstenir d’une offensive terrestre" au Liban.
Si pour l’heure, l’Etat hébreu ne semble pas avoir de visées d’occupation à long terme, les violations répétées de la souveraineté libanaise se sont multipliées depuis plusieurs mois. Ces derniers jours encore, Tsahal a franchi la fameuse "ligne bleue" tracée par l'ONU, sous le regard impuissant de la Finul - la Force intérimaire des Nations unies au Liban -, au sein de laquelle sont déployés des soldats français. Il est évident que toute présence militaire prolongée de Tsahal offrirait au Hezbollah un alibi en or pour tenter de se refaire une "virginité". A Israël d'éviter une erreur stratégique qui pourrait s'avérer monumentale, alors que le Liban paye déjà le plus lourd tribut de cette guerre en Iran.