"Le jour où je suis tombé amoureux", de Patrick Besson : comment bien planifier son quatrième mariage ?
Bizarrement les lectures frivoles sont parfois celles qui marquent le plus. En attaquant cet article, nous revient en tête une interview de Jay McInerney par Frédéric Beigbeder parue dans… Lui en 2013. Beigbeder s’était présenté à l’entretien accompagné de sa dernière épouse en date, Lara. Commentaire pince-sans-rire de McInerney : "Félicitations pour ton mariage ! C’est le troisième, c’est bien ça ? Moi, c’est le quatrième qui fut le bon…"
Il faut croire qu’il y a du McInerney chez Patrick Besson. Au début de son nouveau livre, Le jour où je suis tombé amoureux (Albin Michel), son double romanesque vient de divorcer pour la troisième fois. En finir avec un mariage n’est pas forcément catastrophique : quel que soit son âge, on redevient un jeune homme (ou une jeune femme). Encore faut-il savoir rebondir. Tournant en rond à Paris, Besson s’amourache de la comédienne Jennifer Carpenter, vue dans Dexter. Qu’elle soit en couple depuis une dizaine d’années avec le musicien Seth Avett (membre du groupe de folk sirupeux The Avett Brothers) ne le freine pas : il prend l’avion pour Los Angeles avec la ferme intention de lui passer la bague au doigt.
On l’aura compris : Le jour où je suis tombé amoureux ne s’adresse pas aux gens sérieux. Une fois arrivé à Hollywood, Besson va réussir à rencontrer Jennifer Carpenter mais aussi croiser Brad Pitt, George Clooney, Matt Damon et un commando tchétchène qui viendra mettre à sac une soirée donnée par un milliardaire russe à Bel Air… C’est n’importe quoi et on rit de bon cœur, comme avec l’une des précédentes pochades signées Besson, La Mémoire de Clara, autobiographie imaginaire d’une certaine Clara Bruti qui ressemblait fort à Carla Bruni…
Un écrivain très (trop ?) prolifique
Mine de rien, cela fait un demi-siècle que Besson publie des livres : il a commencé en 1974, à 18 ans, avec Les Petits Maux d’amour. Il était alors aussi précoce que son contemporain Jean-Marc Roberts, auquel il adresse ici un clin d’œil. Roberts n’est plus de ce monde. A bientôt 70 ans (il les fêtera en juin), Besson continue de s’amuser. Le jour où je suis tombé amoureux prolonge sa veine comique, dans laquelle il a souvent excellé – qu’on se souvienne de La Femme riche, roman mordant qui date de 1993. Certains lecteurs plébiscitent ses textes plus mélancoliques, tel 28, boulevard Aristide-Briand. Page 46 du Jour où je suis tombé amoureux, Besson lui-même dit retenir deux titres de son œuvre : L’Ecole des absents et Défiscalisées. Il publie tellement (trop, sans doute) qu’on a parfois tendance à se perdre. Ces dernières années, on avait surtout aimé Scènes de ma vie privée, récit drôle et désabusé des mésaventures de trois amis sexagénaires malmenés par des compagnes plus jeunes. Il n’y a pas qu’en ménage que les vieux mâles blancs avalent des couleuvres. En librairie aussi les temps sont difficiles.
Besson semble s’en contreficher. Dans Le jour où je suis tombé amoureux, on retrouve son goût pour les provocations un peu faciles, quand il tacle Guillaume Musso ("l’écrivain aimé des idiotes françaises") ou brocarde l’impressionnisme ("le culte du barbouillis sans imagination"), ainsi que son art de l’aphorisme laconique : "A force de se dématérialiser, le monde risque de disparaître." L’heure de gloire de Besson remonte à loin, à 1995 (prix Renaudot pour Les Braban), voire à 1985 (Grand prix du roman de l’Académie française pour Dara), mais, alors que son copain Eric Neuhoff a été récemment élu immortel, lui a su s’inscrire dans la longévité en conservant la légèreté de sa jeunesse. On souhaite aux frimeurs actuellement dans le vent d’être encore là dans quatre décennies. A l’image du tennisman Novak Djokovic (auquel il avait consacré un essai), qui défie toujours la jeune génération, l’écrivain proserbe ne semble pas près de raccrocher la raquette.
Le jour où je suis tombé amoureux, par Patrick Besson. Albin Michel, 159 p., 19,90 €.