Médecin : une profession de moins en moins libérale
Alors que le manque de médecins se fait chaque jour un peu plus criant, l’État n’a rien trouvé de mieux que d’en réduire encore le nombre. Il se pourrait qu’environ 1000 médecins disparaissent de la circulation d’ici quelques mois.
Le budget 2026 de la Sécurité sociale prévoit en effet que les prescriptions – médicaments, actes d’imagerie, examens de biologie, transports, etc. – des médecins en secteur 3 ne soient plus remboursés par la Sécurité sociale.
Rappelons les médecins sont classés en trois catégories. Ceux du secteur 1 – l’immense majorité, notamment 96% des généralistes – pratiquent les tarifs conventionnels fixés par l’Assurance maladie, sans dépassements d’honoraires (30€ pour un généraliste), lesquels sont remboursés à 70%.
Dans le secteur 2, on trouve surtout des spécialistes (rhumatologue, ophtalmologue, pédiatre, ORL, etc.). Eux aussi adhèrent à la convention médicale, mais ils peuvent fixer librement leurs tarifs et donc pratiquer les dépassements d’honoraires « avec tact et mesure » comme le précise la loi. Leurs patients sont remboursés à 70% de la BRSS (base de remboursement de la Sécurité sociale) qui dépend de l’adhésion ou non du médecin à l’Optam (option pratique tarifaire maîtrisée) et qui est de 30€ ou de 23€.
Enfin, dans le secteur 3, les médecins n’adhèrent pas à la convention médicale et pratiquent des honoraires libres. Leurs consultations sont remboursées sur la base d’un tarif dit « d’autorité » qui est de 0,61€ pour un généraliste et de 1,22€ pour un spécialiste. Leurs prescriptions étaient, en revanche, jusqu’à présent remboursées dans les conditions de droit commun. A partir du 1er janvier 2027, ce ne sera plus le cas. Ce pourrait donc être, purement et simplement, la fin de ce secteur d’exercice.
La plupart des praticiens qui ont choisi d’exercer dans ce cadre l’ont fait pour « fuir la contrainte de la convention médicale », « desserrer l’étau » dans lequel la Sécu veut les maintenir, « retrouver la liberté » et une vraie indépendance professionnelle…
Il est à craindre que cette disposition précipite les médecins hors de l’exercice libéral de leur profession, voire les fassent fuir à l’étranger. La mesure est de plus injuste pour leurs patients qui cotisent à la Sécurité sociale et ne seront plus remboursés. Enfin, elle est annonciatrice de contraintes futures sur les secteurs 1 et 2. Comment croire que la Sécu n’imposera pas bientôt de nouvelles obligations aux médecins, diminuant progressivement leur autonomie professionnelle pour réaliser son rêve d’une médecine entièrement nationalisée ?
Est-ce aussi le souhait de tous les praticiens ? Si ce n’est pas le cas, qu’ils militent donc aux côtés de l’Iref-Contrepoints pour une privatisation des assurances sociales, seule solution pour qu’ils restent une profession libérale.
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