Du campus au CDI : ce que les jeunes attendent vraiment des entreprises
On parle souvent de la jeunesse sans toujours prendre le temps de l’écouter. C’est précisément l’ambition de la grande étude menée en 2025 par JobTeaser et ChooseMyCompany, fondée sur 85 000 avis certifiés d’étudiants, stagiaires et alternants, ainsi que l’analyse de plus de 8 millions de candidatures. Un observatoire unique pour comprendre ce que vivent réellement les jeunes du campus au premier emploi, loin des idées reçues persistantes.
Le premier constat est clair : le marché du recrutement des jeunes s’est tendu ces derniers mois. Les opportunités se raréfient dans certains secteurs, tandis que les candidatures explosent, accentuant mécaniquement la concurrence à l’entrée sur le marché du travail. Pourtant, contrairement au récit dominant, la majorité des jeunes ne décroche pas. Lorsqu’ils accèdent à une expérience professionnelle, ils s’y investissent pleinement : plus de 8 sur 10 se déclarent satisfaits de leur passage en entreprise et ils sont tout autant à souhaiter y poursuivre leur parcours. Des chiffres en hausse par rapport à l’an passé, qui témoignent d’un engagement réel et durable dans le temps.
La relation tuteur, perçue comme un accompagnement quasi quotidien, apparaît ainsi comme l’un des principaux leviers de réussite. Le sentiment d’être encadré, écouté et considéré joue un rôle déterminant dans la qualité de l’expérience vécue. Cette génération n’est pas désengagée : elle est sélective et exigeante. Elle attend des règles claires, un cadre structurant et une cohérence entre les promesses formulées au moment du recrutement et la réalité du quotidien professionnel.
L’attractivité croissante des PME
Sur les campus, la dynamique collective est forte : les étudiants se sentent libres d’explorer et de grandir, soutenus par les équipes pédagogiques et administratives. Toutefois, près de la moitié attend davantage d’accompagnement individualisé et d’orientation pour mieux relier ses apprentissages à l’insertion professionnelle. Dans un contexte de tension sur les premières expériences, le rôle des établissements dans la préparation à l’emploi devient plus stratégique que jamais pour sécuriser les parcours.
Dans ce contexte, un phénomène mérite une attention particulière : l’attractivité croissante des PME. L’étude montre que, à offre équivalente, une PME reçoit jusqu’à deux fois plus de candidatures qu’un grand groupe. Les jeunes y perçoivent des environnements plus accessibles, une proximité managériale plus forte, des cycles de décision courts et des missions plus diversifiées. Autant de facteurs qui rassurent dans une période d’incertitude et qui donnent le sentiment de pouvoir apprendre vite, progresser rapidement et avoir un impact réel dès les premières semaines.
Des perspectives crédibles
Le rapport au travail, lui aussi, a profondément évolué. Les jeunes ne fuient ni l’exigence ni la responsabilité. Ils recherchent avant tout un cadre clair, une organisation moderne et un équilibre respecté. La rémunération reste à ce titre un signal central : c’est le premier critère de recommandation et de rétention, et son affichage dans les offres fait nettement progresser leur attractivité. Lorsque ces fondamentaux ne sont pas réunis, ce ne sont pas les jeunes qui se détournent du travail, mais les candidats qui se détournent de certaines entreprises.
L'intelligence artificielle constitue l’autre grande transformation à l’œuvre. Déjà, trois quarts des étudiants l’utilisent pour candidater ou travailler. Loin de la craindre, ils l’intègrent naturellement à leurs pratiques et privilégient les organisations qui assument ce virage technologique. A l’inverse, les entreprises qui tardent à se positionner envoient un signal de décalage, voire d’immobilisme, peu compatible avec les attentes de cette génération.
Ce que révèle cette étude est finalement simple. Les jeunes n’attendent ni compassion ni discours alarmistes. Ils savent que le monde du travail est plus compétitif et plus instable. Ils veulent plus qu’une mission : ils attendent une relation avec l’entreprise, construite sur des engagements et des règles claires, une reconnaissance tangible et des perspectives crédibles.
La nouvelle génération est prête à s’engager. Mais cet engagement ne se décrète pas : il se construit dans la durée, à travers des pratiques de recrutement transparentes, un management accessible et des promesses tenues. Aux entreprises et aux recruteurs de créer les conditions de cette confiance et de transformer cette rencontre en une relation qui s’inscrit dans le temps.
*Michaël Giaj est Directeur d'études chez JobTeaser et Celica Thellier, cofondatrice de ChooseMyCompany