«Haut-Commissariat aux diasporas»: la nouvelle fausse bonne idée d’Emmanuel Macron
Diversité. Jusqu’à présent, la France ne reconnaissait officiellement aucune communauté autre que la « communauté nationale ». En proposant la création d’un Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas, composé de trente personnalités — dont certaines figures susceptibles de susciter la controverse, leur attachement au discours républicain ou universaliste ayant parfois été mis en question (Teddy Riner, Lilian Thuram, Najat Vallaud-Belkacem, Christiane Taubira…) — le président Macron semble céder à une forme de surenchère identitaire woke. La France ne peut pas combattre le séparatisme avec le même logiciel que Jean-Luc Mélenchon!
Le président Macron souhaite organiser à Nairobi en mai 2026, un sommet franco-africain intitulé « Africa Forward » (les francophones africains apprécieront…). Pour le préparer, il projette de créer un « Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas », révèle L’Opinion[1]. Les personnalités pressenties pour en faire partie, sont en grande majorité d’origines africaines, proches ou lointaines, maghrébines ou subsahariennes. Si cela semble cohérent avec la perspective du sommet « Afrique-France », en revanche, l’intitulé de ce nouvel organe officiel laisse entendre qu’il s’agirait de prendre en compte des populations au-delà du continent africain.
Juifs et Arméniens oubliés ?
D’ailleurs, dans la liste des personnalités déjà évoquées, la présence de Madame Simeng Wang, sociologue spécialiste du racisme anti-asiatique, tendrait à témoigner d’une certaine volonté d’englober toutes les « diasporas » dans leur « diversité ». On pourra alors légitimement s’étonner que parmi les diasporas en question, les diasporas juive et arménienne ne soient pas envisagées.
L’absence de personnalités juives et arméniennes dans ce Haut-Commissariat est en effet d’autant plus saisissante que le terme de diaspora évoque en premier lieu la diaspora juive. En tout cas, le dictionnaire Robert de la langue française, dans sa définition, évoquant d’abord l’Histoire nous dit « Dispersion des Juifs exilés de leur pays », avant d’en donner la définition générique : « Dispersion (d’une communauté) à travers le monde ; la population dispersée », puis en cite un autre exemple : « La diaspora arménienne ». Dans la définition du site du Musée de l’immigration de la Porte Dorée, il est d’ailleurs précisé : « En France, les diasporas juives et arméniennes sont les plus connues ; elles se réfèrent à un territoire perdu, point de départ d’une vie rythmée par la mobilité. »
« Une appropriation culturelle » en toute bonne conscience
Cet « oubli » de la première diaspora historique, dont la France accueille toujours une part importante malgré les menaces et les actes anti-Juifs qui connaissent une augmentation exponentielle ces dernières années et notamment depuis le 7 octobre 2023, s’inscrirait-il dans une volonté « d’appropriation culturelle » à rebours ? On connait bien en effet désormais le caractère revanchard de l’idéologie décoloniale qui préside au dénigrement et aux accusations systématiques de l’Occident dans toutes ses dimensions. Et on a compris également que dans cette perspective, les Juifs sont considérés comme des « super-blancs » jouissant d’un super « privilège blanc », ledit « privilège juif ».
Dans la théorie du privilège social, cette notion de privilège est en effet distordue : le privilège n’y ressort pas d’un droit inégalitaire mais d’une situation de fait qui porterait préjudice à ceux qui n’en bénéficient pas. Dans le cadre de la « théorie critique de la race », Karen Brodkin considère par ailleurs que des personnes ou des groupes peuvent devenir blancs à la suite d’un processus historique d’acculturation/assimilation… La « blanchité » des Juifs est ainsi supposée constituer le point final d’une histoire qui commencerait après la Seconde Guerre mondiale, lorsque l’antisémitisme est devenu honteux à cause de la Shoah, se poursuivrait avec la création de l’État d’Israël, et serait pleinement abouti en 1967, lorsque les Israéliens gagnent la guerre des Six jours, devenant dans cette vision, des « dominateurs » accomplis.
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Dans cette optique, si les Juifs, et dans une moindre mesure les Arméniens remarquablement bien intégrés aux sociétés occidentales après le génocide de 1915, sont devenus des « dominants », il est légitime et même obligé, de tenter de les déposséder de tous leurs privilèges supposés. Et il conviendrait ainsi de transférer le statut de « peuple élu/ peuple paria » des Juifs, à la figure du nouveau damné de la terre par excellence, le Palestinien en premier lieu, et plus généralement à tous les « racisés » et les immigrés. La notion de diaspora, avec toutes les connotations de malheur, de souffrance et de compassion qu’elle porte, devrait donc impérativement être rayée des histoires juive et arménienne, pour être attribuée à ceux à qui elle reviendrait « de droit ».
Ainsi, tandis que dans l’idéologie woke, toute adoption par un « blanc », d’un mot, d’une musique, d’une mode vestimentaire ou d’une coiffure même, d’origine autre qu’occidentale, est accusée de relever de « l’appropriation culturelle » s’apparentant à un vol colonialiste, il serait juste que les racisés s’emparent des biens occidentaux jusque et y compris de leurs mots et de leur histoire. Exclure les Juifs et les Arméniens de la composition du futur Haut-Commissariat à la diversité et aux diasporas ne serait donc que justice, puisque cette création s’inscrit manifestement dans cette vision multiculturaliste de la « diversité ».
L’idéologie inclusive contre l’universalisme républicain
La diversité est en effet le maître-mot de l’idéologie inclusive qui sévit avec de plus en plus de vigueur. Tandis que des dispositions ont été conçues initialement comme une stratégie de quotas participant de la lutte pour l’égalité républicaine, les notions « d’inclusivité » et de « diversité » participent désormais d’une idéologie, d’une vision du monde globale, qui cherche à s’imposer par des injonctions tyranniques relevant bien davantage de la loi morale que de l’ingénierie démocratique.
L’usage du terme « inclusif » a fait en effet dériver le sens originel de l’inclusion. Dans le champ de la logique formelle auquel il appartient originellement, le terme désigne la caractéristique des sous-ensembles, inclus dans un ensemble plus vaste défini par un critère commun à toutes les parties. Mais désormais, l’adjectif « inclusif » signifie non seulement « qui n’exclut aucune différence », mais aussi « qui contient en soi quelque chose d’autre ». Ainsi, réclamer « l’inclusion » en lieu et place de « l’assimilation », c’est à la fois accepter une certaine réalité communautarisée, et réfuter l’universalisme républicain qui sans les nier, secondarise les particularités. C’est imposer une conception différencialiste et à terme, paradoxalement séparatiste de la société contre l’idée républicaine. En parlant de « nos diasporas », le président Macron pourrait sous-entendre que les diasporas présentent sur le sol français sont « nôtres », c’est-à-dire participent de la nation française. Cela est certainement le cas a priori pour tout citoyen français dont les origines se trouvent dans une de ces populations dispersées. Mais alors il conviendrait de mettre en avant l’appartenance française et de choisir dans toutes les diasporas sans exclusive, des personnalités qui valorisent l’adhésion à la conception républicaine universaliste et non pas des tenants de la théorie décoloniale culpabilisatrice comme cela est majoritairement le cas dans la première liste de noms, évoqués spontanément semble-t-il comme allant de soi.
[1] https://www.lopinion.fr/politique/macron-veut-creer-un-haut-commissariat-a-la-diversite-et-aux-diasporas
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