Migrants: arrestation en France de deux militants britanniques pour provocation à la haine
Les deux hommes ont été arrêtés près de Calais dimanche vers 21H30, a indiqué à l'AFP le préfet du Pas-de-Calais François-Xavier Lauch.
Agés de 35 et 53 ans, ils diffusaient du contenu susceptible d'inciter à la haine en direct sur une chaîne YouTube, a-t-on détaillé de source policière.
Ils ont été placés en garde à vue pour provocation à la haine et participation à un groupement en vue de la préparation de violences, sur la base de propos tenus sur les réseaux sociaux le jour même, a ajouté la procureure de Boulogne-sur-Mer Cécile Gressier.
Il s'agit des premières gardes à vue de militants d'extrême droite britanniques en France pour ces motifs, a-t-elle souligné, précisant qu'il ne leur est pas reproché de violences envers des personnes.
Ils ne faisaient pas partie des dix militants d'extrême droite interdits de territoire français depuis le 14 janvier par le ministère de l'Intérieur en raison d'accusations d'"actions à caractère violent" envers des migrants sur le littoral du Nord et du Pas-de-Calais.
Les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ont prolongé jusqu'à mercredi l'interdiction de rassemblements liés à un mouvement anti-migrants intitulé "Overlord", lancé par un militant britannique d'extrême droite, Daniel Thomas.
L'opération - nommée en référence notamment à la bataille de Normandie dans laquelle des soldats alliés ont traversé la Manche en 1944 pour combattre les troupes nazies en France - vise "à se substituer aux autorités de polices françaises afin d'empêcher" des départs de migrants vers le Royaume-Uni, explique l'arrêté qui l'interdit.
Daniel Thomas avait notamment appelé sur ses réseaux sociaux à des rassemblements samedi 24 janvier à Douvres et sur le littoral du nord de la France, selon lui pour "agir" contre les traversées clandestines de la Manche.
Dans plusieurs vidéos diffusées en direct sur une chaîne YouTube dimanche, on peut voir deux hommes, vraisemblablement les deux Britanniques qui ont été arrêtés, arpenter une plage près de Calais.
"Je vais garder les plages ce soir, si personne d'autre ne veut le faire (...) Si je vois un canot, je cours et je le transperce de toutes mes forces", assure l'un d'eux dans une de ces vidéos dimanche soir. Il appelle d'autres Britanniques en renfort pour limiter les arrivées clandestines, "sans violence".
"On ne peut en accueillir que jusqu'à un certain point, trop c'est trop et là c'est trop, n'est-ce pas? C'est pour ça qu'on fait ça", dit-il encore.
De son côté, M. Thomas, qui n'a pas été interpellé selon la préfecture, a publié samedi et dimanche des images de lui bandissant un drapeau, qu'il dit prises ce week-end sur des plages françaises.
Une centaine de personnes se sont également rassemblées samedi à Douvres, ville côtière dans le sud de l'Angleterre où débarquent la plupart des migrants ayant traversé la Manche clandestinement, une fois qu'ils ont été interceptés par les autorités britanniques.
Daniel Thomas mène, selon les autorités françaises, une branche "très radicale" du mouvement d'ultra-droite "Raise the colours", née d'une scission du groupe à la suite des interdictions de territoire français.
Le compte principal de Raise the colours sur X a indiqué samedi n'avoir "rien à voir" avec l'opération menée par Daniel Thomas.
La justice française a ouvert en octobre une enquête préliminaire pour "violences aggravées" commises sur des migrants et signalées par une association, laquelle soupçonne des activistes d'extrême droite britanniques, mais sans "preuve formelle".
Les traversées clandestines sont un sujet de tensions récurrentes entre Londres et Paris, qui a durci ses méthodes pour tenter de contrer les passeurs.
La défenseure des droits Claire Hédon a alerté lundi sur l'usage de pistolets à impulsion électrique ou grenades lacrymogènes à l'encontre des migrants s'apprêtant à traverser la Manche, soulignant que dans certains cas, cela ne respecte pas les règles en vigueur.
Les tentatives de traverser la Manche ont baissé de 3% en 2025, selon Frontex.
Mais 41.472 migrants ont réussi à rejoindre le Royaume-Uni sur des "small boats", le deuxième nombre le plus élevé après le record de 2022 selon des chiffres britanniques, et au moins 29 migrants ont péri lors de telles traversées l'an passé.