Groenland : pourquoi Donald Trump a renoncé à l'usage de la force
Ce n'est ni le premier ni le dernier revirement de Donald Trump. Mais celui-ci n'a pas fini d'interroger les Européens. Pourquoi le président américain a-t-il finalement renoncé à recourir à la force pour acquérir le Groenland, mettant ainsi fin à plusieurs semaines de chaos politique ? En réalité, cette volte-face est loin d'être de son seul fait. Moult proches conseillers à Washington ont travaillé d'arrache-pied pour l'en dissuader. Idem pour le secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, dont les courbettes face à Donald Trump ont manifestement fini par payer. La pression est aussi venue des marchés financiers, qui ont traversé une période de turbulences ces derniers jours. Retour sur les coulisses de ce changement de cap.
Conseillers américains divisés
Tout a commencé à Washington, où l'entourage du président n'a pas réussi à tomber d'accord sur la méthode à adopter, ont confié à Reuters deux sources proches du dossier. Si la plupart des conseillers du président américain ont soutenu son objectif de prendre le contrôle du Groenland, ils sont en revanche restés divisés sur l'approche, oscillant entre encouragements à recourir à la force et appels à la prudence. In fine, les seconds se sont révélés être plus nombreux lors des réunions organisées à Washington, ce qui a pu influencer le renoncement final du président.
Les conseillers de Donald Trump ont indiqué au Wall Street Journal qu’il avait été enhardi par l’opération américaine visant à capturer le dirigeant vénézuélien Nicolas Maduro. Mais devant la rhétorique agressive du président, certains d'entre eux se sont inquiétés de voir s'éloigner la perspective d'un accord. Ils ont donc redoublé d'efforts pour présenter des propositions de compromis, qui donneraient entre autres accès à des minerais et à des terrains pour des bases militaires. Options qui semblent avoir été retenues.
Efforts des Européens et de Mark Rutte
Mais ce n'est pas tout : certains leaders européens ont également joué les négociateurs, à l'image de Friedrich Merz, ou encore du secrétaire général de l'Otan Mark Rutte, qui a peu pris position en public mais s'est démené en privé pour multiplier les incitations et les mises en garde à l'égard de Donald Trump, raconte Le Monde.
Mark Rutte a également axé sa rhétorique autour des enjeux cruciaux de la sécurité de l'Arctique, selon la porte-parole de l'Otan, n'abordant jamais directement la question de la souveraineté du Groenland. Il a également alerté le président américain sur les risques pour les États-Unis d’une rupture plus profonde au sein de l’Alliance, et fait en sorte de rapprocher au maximum les points de vue américain et danois. Il a par exemple suggéré de transférer la souveraineté de la base dont disposent aujourd'hui les Etats-Unis au Groenland, pour qu'elle passe sous contrôle américain et non danois. "Cela a pu jouer un rôle", confie au Monde un diplomate européen, qui a suivi les négociations.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, l'ancien Premier ministre des Pays-Bas est parfois tourné en dérision pour ses flatteries envers celui-ci - il était allé jusqu'à le qualifier de "papa" lors du dernier sommet de l'Otan en juin dernier, et Donald Trump a partagé des messages envoyés par Mark Rutte dans lesquels celui-ci le brossait dans le sens du poil. Mais il semble avoir réussi à "apprivoiser" quelque peu le président américain, et à gagner sa confiance. Interrogé ce jeudi par Reuters sur sa relation avec Donald Trump et sa position d'interlocuteur privilégié, le Néerlandais a répondu : "Je peux seulement vous dire que j'aime ce gars, que je respecte son leadership".
Pression des marchés financiers
Enfin, un autre élément semble avoir inquiété dans l'entourage du président américain. Au-delà des mesures de rétorsion économique que menaçait de prendre l'Union Européenne face aux droits de douane brandis par Donald Trump, ce sont bien les marchés financiers qui ont suscité de vives craintes. Après une forte chute des bourses -à commencer par Wall Street- à la suite des menaces tarifaires liées au Groenland, plusieurs fervents supporters du président, directement liés aux milieux financiers, lui ont demandé d'arrêter la casse.
Les principaux indices boursiers américains ont d'ailleurs fini en hausse mercredi, marquant un apaisement après le changement de ton de Donald Trump. +1.21 % pour le Dow Jones, + 1.16 % pour le S&P 500, et +1,18 % pour le Nasdaq, à forte composante technologique, qui a connu sa meilleure journée en un peu plus d'un mois. A Wall Street, les analystes ont fait état d'un mercredi "TACO" en référence au slogan "Trump Always Chickens Out" (en français, "Trump se dégonfle toujours"), raconte CNN. Mais ils sont bien conscients qu’avec Donald Trump, un revirement peut en cacher un autre.