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1976, année mirifique

Monsieur Nostalgie s’intéresse ce dimanche à l’année 1976 au cinéma qu’il qualifie de « mirifique ». Contrairement à Antoine Compagnon qui place le curseur dix ans plus tôt dans son dernier ouvrage paru à la Bibliothèque des Histoires chez Gallimard, 1976 est selon notre chroniqueur une année solaire pour Belmondo, Noiret, Rochefort ou encore Marielle…


Comme l’écrit le jeune Patrick Grainville, Les Flamboyants (Prix Goncourt) ont le vent en poupe. En 1976, on ne se cherche pas d’excuse. On respire à pleins poumons. On ne se cache pas derrière des théories pusillanimes, on ose le divertissement policier, le marivaudage bourgeois et le désenchantement viriliste. La crise du pétrole a eu pour effet de galvaniser les réalisateurs.

Quand les vedettes n’étaient pas encore des suffragettes

Aujourd’hui, notre délitement n’inspire qu’une prise de parole miséricordieuse et une pâleur monacale à l’écran. Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon. Le cinéma populaire d’alors ne nous faisait ni la leçon, ni le coup de l’indignation permanente. Il amusait le public qui lui rendait bien, la fréquentation des salles repartait à la hausse. Nous vivions une parenthèse enchantée où les spectateurs comprenaient le second degré et où les stars n’avaient pas peur d’abîmer leur image en jouant des caricatures. Nous étions entre gens civilisés, nous acceptions la provoc’ de Blier et, en même temps, adhérions à la comédie de mœurs d’Yves Robert. Nous frôlions les limites du bon goût, l’adultère et les cascades décuplaient notre plaisir des salles obscures. Nous avions soif de vedettes qui n’étaient pas des suffragettes et qui ne nous donnaient pas des consignes infantilisantes. En 1976, nos héros s’appelaient Belmondo, Rochefort, Noiret, Marielle ou Cremer.

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La bande du Conservatoire triomphait dans un registre que l’on appellera plus tard la « Qualité France », classicisme légèrement décorseté, structure narrative solide, fondations sans infiltrations idéologiques, balance entre volonté commerciale et enjeu artistique, charme du dialogue fleuri et de l’action musclée ; une équation aujourd’hui totalement rejetée par les nouveaux maîtres du 7ème art.

Tous amoureux de Marie-France Pisier et de Nicole Garcia

En 1976, on arrivait à ce curieux équilibre qui est, à mon sens, l’essence du cinéma français, cette onde court de Méliès à Guitry, de Renoir à Rouffio. Nos acteurs fétiches ne chômaient pas, certains enchaîneront cinq films en une année, un savant mélange entre films d’auteur, pochades boulevardières, incursions italiennes et thrillers à la mode américaine. C’est le cas de Philippe Noiret qui passera sous l’œil de Tavernier dans Le Juge et l’Assassin et de Zurlini dans Le Désert des Tartares mais qui aura le temps de tourner également sous la direction de Granier-Deferre, Sordi et Renard. Cette année-là, Belmondo sera moins disert que son camarade, il ne se contentera seulement que de deux longs-métrages dans un style volontaire et cogneur, deux « policiers » empreints d’une lutte des classes et d’un dialogue théâtral. L’Alpagueur de Labro, malheureusement sous-estimé, possède, dans sa brutalité grisâtre et sa radicalité souriante, de nombreuses qualités. Belmondo ne « guignolise » pas. Cremer dit l’épervier est superbe de noirceur narquoise. Il sera bien difficile d’alpaguer l’Alpagueur. L’Alpagueur, c’est un chasseur de tête, un marginal, tout ce qu’il fait, tout ce qu’il touche est illégal. On tremble. Belmondo sera aussi à l’affiche du Corps de mon ennemi de Verneuil adapté du roman de Félicien Marceau, une échappée salvatrice dans les grandes familles du Nord, celles qui possèdent tout, les usines, les rues, les discothèques et les Hommes. Grâce à eux, nous allons apprendre que le coup de tête n’est jamais la solution mais une idée et que dans le sandwich, le meilleur c’est l’aile. Nous tomberons amoureux de Marie-France Pisier et de Nicole Garcia.

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Et tenterons toute notre vie restant de ressembler à Belmondo en imper descendant d’un train sur une musique de Francis Lai. En 1976, Marielle et Rochefort partagent l’affiche de Calmos, tandis que Jean-Pierre est césariste dans le rôle de Bob Morlock (On aura tout vu), producteur de films X surtout lorsqu’il déclare, péremptoire : « Une nympho dans un commando mais c’est génial », Jean alias Étienne Dorsay cabotine dans Un éléphant ça trompe énormément. Depuis ce jour de 1976, nous aimons éperdument les parties de tennis, les cocos à Moscou, les virées en auto et les chevaux qui n’en font qu’à leur tête.

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