Faucons et colombes
Cette guerre en Iran n’est peut-être pas conforme au droit international, mais c’est tant mieux, lance Elisabeth Lévy dans sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter pour savoir pourquoi.
La guerre américano-israélienne ressuscite la fracture de 2003 entre faucons et colombes (avant l’Irak). On est cependant loin des passions de 2003, quand la France, gonflée à bloc par le lyrisme chiraco-villepiniste, fustigeait le néo-impérialisme américain et que les rares défenseurs des néoconservateurs étaient conspués.
Aujourd’hui, si on fait abstraction (et on le fait) des dingueries insoumises, le débat est plus feutré. Pas sûr que l’opinion soit passionnée par cette guerre qui semble encore assez lointaine. Sur les plateaux télé, on ne voit pas partisans et adversaires de la guerre s’invectiver. Il faut bien dire qu’après la répression sanglante du début d’année en Iran, il est difficile de pleurer publiquement Khamenei.
Cependant, oui, il y a bien une petite musique qui monte : Trump et Netanyahou vont mettre le feu à la région. Laquelle, il est vrai, était pacifique et très calme jusque-là, comme chacun sait. Si une puissance menaçait ses voisins, armait des groupes terroristes et opprimait sa population, on pourrait discuter. Mais non, on psalmodie le même mantra : jamais un régime n’est tombé à la suite d’une campagne aérienne.
Jamais, peut-être. Enfin, jusqu’au jour où ça arrive. La géopolitique n’est pas une science exacte.
Par ailleurs, l’Iran n’est pas l’Irak ni la Libye.
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Le but de guerre des Israéliens et des Américains n’est pas de renverser le régime, mais de priver l’Iran de ses capacités de nuire. Tout le monde espère que cela créera les conditions pour que le peuple iranien, sur le terrain, se débarrasse de ses mollahs.
D’accord, mais cette politique de la force oublie le « droit international », entend-on. Cela désole Le Monde, qui a mobilisé d’obscurs spécialistes pour fustiger cette transgression. Marine Tondelier regrette qu’on ait tué Khamenei au lieu de le juger, mais ne nous dit pas quel tribunal s’en serait chargé. Toutes sortes de bonnes âmes expliquent que l’ONU devrait être à la manœuvre, autrement dit que rien ne devrait se passer, vu que l’Assemblée générale de l’ONU est un conglomérat de dictatures animé par la haine d’Israël et de l’Amérique.
Le problème, c’est que cette ligne mollassonne, c’est aussi la colonne vertébrale de la diplomatie française. Pour Emmanuel Macron, la question du nucléaire iranien doit être réglée par la diplomatie. Autrement dit, ne pas être réglée du tout, parce que, depuis quinze ans, malgré tous les efforts diplomatiques, le régime trimballe l’Occident. Jean-Noël Barrot a dit : « Cette intervention unilatérale aurait mérité d’être débattue. » L’Histoire est en marche et la France regrette qu’il n’y ait pas eu suffisamment de bla-bla. Cette guerre n’est peut-être pas conforme au droit international, et tant mieux. Droit international, cela veut dire impuissance.
Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale chez Patrick Roger
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