A Clermont-Ferrand, une petite bande bien organisée avait monté une juteuse escroquerie autour des voitures d'occasion
Il y avait le « boss ». Puis une poignée de lieutenants, spécialistes de la mécanique ou du financement. Une petite amie amoureuse. Le salarié complice d’un centre de contrôle technique. Et, surtout, plusieurs dizaines de victimes.
Entre 2007 et 2014, à Clermont-Ferrand, une petite bande parfaitement organisée avait pris les commandes d’une juteuse entreprise d’escroquerie autour de l’achat-vente (uniquement en espèces) de voitures d’occasion, dont les compteurs kilométriques étaient presque systématiquement trafiqués dans de (très) grandes largeurs.
Plus les voitures roulaient, plus le kilométrage diminuait...Selon les modèles, les véhicules perdaient ainsi, comme par magie, de 50.000 à 150.000 kilomètres, par la grâce d’un tournevis ou d’une mallette électronique ! Leur état, lui, trahissait bien souvent leur âge véritable et une condition mécanique parfois proche de la fin de vie, malgré de fausses factures et de faux carnets d’entretien tendant à prouver le contraire... Sans oublier des rapports de contrôles techniques plus que complaisants !
Les clients mécontents ne revoyaient jamais la couleur de leur argent et avaient toutes les peines du monde à identifier le véritable vendeur. Le chef et instigateur de cette équipe spécialisée dans la carambouille mécanique, un homme né en 1982 à Beaumont (Puy-de-Dôme), avait en effet mis au point un tour de passe-passe administratif parfaitement illégal, le faisant disparaître des écrans radar lors des transactions.
Des duplicatas de cartes grises obtenus auprès des services préfectoraux, suite à de fausses déclarations de perte du fameux certificat d’immatriculation, lui permettaient de brouiller les pistes et de tirer les ficelles du trafic sans être inquiété. Il était même allé jusqu’à créer, en 2010, une société de négoce automobile fonctionnant dans la plus parfaite clandestinité, sans le moindre document comptable, fiscal ou administratif...
« A l'époque, on a tous vécu une situation totalement folle ! »Mais les plaintes ont commencé à s’accumuler et le système a fini par s’effondrer en juin 2014, avec l’interpellation des principaux membres de l’équipe, puis l’ouverture d’une information judiciaire. Son chef avait même passé quatre mois en détention provisoire suite à ce vaste coup de filet, avant d’être laissé libre sous contrôle judiciaire.
Six ans et demi plus tard, six prévenus (deux autres ont disparu dans la nature), âgés de 28 à 46 ans, se sont retrouvés à la barre du tribunal correctionnel clermontois, le 7 mai dernier, pour y répondre de leurs rôles respectifs_plus ou moins importants_ dans cette escroquerie, qui aurait rapporté, à l’époque, près de 400.000 euros de « bénéfices ». Et causé un préjudice de plus de 300.000 euros à la cinquantaine de victimes identifiées dans la procédure.
L’initiateur de cette escroquerie, unanimement reconnu pour son « bagout » et son « charisme », a admis avoir été pris, au moment des faits, « dans une spirale sans fin de dépenses et de malversations ». « On a tous vécu une situation totalement folle ! », reconnaît-il, sans écarter pour autant ses responsabilités. L’un de ses complices avait même résumé, lors de sa garde à vue, leur « philosophie » de l’époque : « se faire un maximum d’argent en un minimum de temps ».
Au final_et aussi étonnant que cela puisse paraître_les sommes conséquentes amassées et brassées durant cette période se sont évaporées aussi vite qu’elles sont apparues. « L’appétence de l’équipe pour les plaisirs de la vie et un train de vie dispendieux », comme l’a rappelé le président, Charles Gouilhers, puis les mauvais investissements du principal prévenu, dans un projet de bar-restaurant à Clermont, puis dans une affaire de location de vélos électriques en Espagne, y sont pour beaucoup...
« Ligués pour escroquer les gens »Dans ses réquisitions, le procureur de la République, Hervé Lhomme, a décrit « une bande organisée professionnelle, dont les membres se sont ligués pour escroquer les gens », réclamant notamment trois ans de prison, dont deux assortis d’un sursis probatoire pendant trois ans, ainsi que 20.000 euros d’amende et une interdiction définitive de gérer une entreprise à l’encontre de l’instigateur, qui s’est, depuis, reconverti dans le domaine de l’immobilier, dans le Sud Ouest.
L’avocat de ce dernier, Me Mohamed Khanifar (*), a indiqué que son client « reconnaît tout, mais qu’on lui fait peut-être porter un costume un peu trop large ». Il a réfuté l’idée d’une « bande organisée », lui préférant le terme de « bande de copains qui a dérapé, fonctionnant sans véritable hiérarchie ».
« Il n’était pas le chef de cette équipe, juste son animateur principal », a-t-il ajouté, avant d’exhorter le tribunal « à ne pas enfoncer ou abattre » son client, « qui a aujourd’hui retrouvé une vie saine et souhaite véritablement indemniser les victimes ».
Il a finalement été condamné, ce jeudi, à deux ans de prison, dont vingt mois assortis d’un sursis probatoire pendant deux ans, et à 200 jours-amendes à 100 euros.
Christian Lefèvre
(*) Les autres prévenus présents étaient défendus par Mes Armelle Palamenghi, Laure Matray, Fabienne Loiseau, Jean-François Canis et Jean-Louis Aupois.
Les autres condamnations. Les sept autres prévenus ont écopé de peines de prison avec sursis simple ou probatoire (de dix à dix-huit mois) et/ou d’amendes.