Assises de la Creuse : la cour condamne les deux accusés à 22 ans pour meurtre d'Alexis
« Je suis innocent. » Après cinq jours d’échanges et de versions discordantes, les deux hommes présents dans le box se sont enfin accordés sur un discours similaire. Ces trois mots ont conclu l’ultime journée du procès pour le meurtre du jeune Alexis le 28 août 2018.
Celle-ci a vu les deux avocats de la défense répondre au réquisitoire de l’avocat général demandant vingt ans de réclusion criminelle pour Frédéric Bernady et vingt-deux ans pour Roland Michaud.
Pensez-vous qu’un seul homme, l’un unijambiste, l’autre 66 ans à l’époque, soit capable de porter l’ensemble des coups en maintenant au sol un jeune homme plein de vie qui savait se battre ?
Le doute plaidé par la défenseCette question a été au coeur des débats depuis lundi. La réponse ? Seules deux personnes la connaissent. Pour plaider la non-culpabilité du père, Maître Lefaure a insisté sur le bénéfice du doute.
Le code pénal précise que le doute doit profiter à l’accusé. Oui, ce n’est pas un saint. Oui, il est menteur. Oui, il peut être manipulateur mais avec les gens plus faibles que lui. Vous ne pouvez pas le déclarer coupable seulement sur sa personnalité ou des hypothèses.
Et, si le flou persiste sur cette dramatique nuit d’été, c’est un argument supplémentaire pour la défense. « Donc il commet un meurtre et il bouge pas le corps. Il laisse des traces derrière lui et sur lui. Faut pas non plus le prendre pour un imbécile. »
Du côté du voisin, son avocat, Maître Viennois, a lui aussi misé sur le doute. Toujours le doute. Encore le doute. En y allant même de ses petites comparaisons.
Tout est construit sur des doutes. L’avocat général a tenté de joindre des pièces entre elles mais il n’y est pas parvenu. Nous avons eu des ressentis, des suppositions mais jamais de preuves. Souvenez-vous de l’affaire Patrick Dils ou encore de celle d’Outreau.
Roland Michaud, déjà condamné pour un meurtre commis en 2004, a une nouvelle fois été l’objet de plusieurs remarques quant à sa réaction suite à la mort du jeune Alexis. Il était rentré dans sa maison, laissant le corps sans vie dans sa cour. Et là, même justification que pour son compagnon de soirée. « S’il se savait coupable, il n’aurait pas laissé le corps devant chez lui. C’est peut-être un salaud mais pas un meurtrier. »
La cour en a décidé autrement. Frédéric Bernady et Roland Michaud ont tous les deux été reconnus coupables et condamnés à vingt-deux ans de réclusion criminelle avec une période de sûreté des deux tiers de la peine.
Alix Vermande