Quelles sont ces eaux miraculeuses qui soignent et qui protègent en Creuse ?
Evaux, le 30 juillet 1922.
Chère cousine,
Pour découvrir les secrets des fontaines à dévotions ou bonnes fontaines d’ici, je me suis plongé dans les mémoires de la Société des sciences naturelles et archéologiques de la Creuse, la plus ancienne des sociétés savantes du Limousin qui, fondée en 1832, fête cette année ses quatre-vingt-dix ans.
Avec l’évangélisation, on troqua les fées pour les saintes et la magie pour les miraclesLe culte des eaux jaillissant du sol remonterait au moins à l’époque gauloise. Ne pouvant en détacher la population, les évangélisateurs le christianisèrent, substituant aux génies et aux nymphes des saints et des saintes, parfois locaux, que l’on invoquait, comme leurs prédécesseurs païens, d’abord pour la guérison et la prévention des maladies.
Les eaux chaudes d'Evaux-les-Bains (Creuse), jaillies de la colère de la reine des fées
Ainsi, les eaux des fontaines de la Vierge (Ajain, Crozant, Saint-Frion), sainte Madeleine (Alleyrat, Mortroux), sainte Radegonde (Budelière, La Villeneuve-près-Crocq), sainte Valérie (Chambon-sur-Voueize), saint Martial (Champagnat), saint Martin (Gouzon, Mourioux, Parsac, Sannat, Sardent), saint Pierre (Lourdoueix-Saint-Pierre), saint Jean-Baptiste (Maisonnisses, Saint-Bard), saint Roch (Magnat-l’Étrange, Saint-Martial-le-Mont), saint Thomas (Puy-Malsignat), saint Pardoux (Saint-Pardoux-les-Cards), saint Léobon (Saint-Pierre-de-Fursac), avaient la réputation de guérir les fièvres.cause commune à Sardent, la fontaine miraculeuse st martial
À chaque fontaine ses vertusLes personnes ayant des maladies de peau se rendaient aux fontaines saint Touchard (Châtelus-Malvaleix) et saint Roch (Saint-Martial-le-Mont) ; des maux de tête à la fontaine saint Gervais (Méasnes), également recommandée contre l’épilepsie ; des maux d’estomac aux fontaines sainte Marguerite (Saint-Bard), saint Michel (Saint-Agnant-près-Crocq), aussi souveraine contre les coliques comme la fontaine saint Paul (Tercillat).
Pour retrouver l’usage de leurs membres, les estropiés devaient aller à la fontaine saint Eutrope (Moutier-Malcard, Pionnat, Arrènes, Naillat).Les fontaines saint Silvain (Bonnat, Guéret), saint Martial (Champagnat), saint Loup (Saint-Oradoux-près-Crocq), saint Pardoux (Saint-Pardoux-les-Cards) étaient censées guérir les rhumatismes.
Les sourds auraient retrouvé l’ouïe et les muets la parole grâce à l’eau de la fontaine saint Valéry (Saint-Vaury).
Pour les maladies d’yeux, il fallait se rendre aux fontaines saint Clair (Basville, Flayat, Gentioux), sainte Claire (Guéret), saint Domet (Saint-Domet), saint Pardoux (Sardent), sainte Anne (Clairavaux), Notre-Dame (Faux-Mazuras), saint Jean-Baptiste (Saint-Merd-la-Breuille) où, pour que le traitement soit efficace, il ne fallait pas se laver pendant neuf jours consécutifs !
Inutile, chère cousine, de vous préciser que je n’ai expérimenté aucune de ces fontaines prétendues bonnes, leur préférant les eaux chaudes de l’établissement thermal, validées par la médecine !
Votre cousin.