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Emmanuel Macron : quand le président se corrige lui-même

Corriger, à la marge, les vicissitudes de son gouvernement : voilà qui est désormais fait, avec la sortie et donc l’entrée de huit ministres, issus pour la plupart de l’Assemblée nationale et du cercle des fidèles. Emmanuel Macron a longtemps tergiversé pour savoir quelle ampleur et quelle couleur il allait donner à son nouveau dispositif, qui allait immanquablement refléter sa propre ambition et son propre calendrier. Un remaniement - un vrai - n’est jamais un simple jeu de chaises musicales, mais toujours l’instrument d’un tournant politique. D’un nouveau message. D’un nouveau chapitre.

Raison pour laquelle, depuis plusieurs jours, l’entourage du chef de l’État insistait pour ne pas parler de "remaniement" mais bien "d’ajustements" tout ce qu’il y a de plus opérationnels. "J’ai choisi la continuité et l’efficacité pour les temps qui s’ouvrent devant nous", a confirmé Emmanuel Macron ce vendredi matin en conseil des ministres, dans un exercice de communication pour le moins étonnant. Filmé et retransmis tout au long de son propos liminaire, le président de la République, qui semblait s’adresser autant à ses ministres qu’aux téléspectateurs des chaînes d’information en continu, en a profité pour faire quelques corrections supplémentaires. Réparer ce que son silence et ses hésitations avaient provoqué durant cette semaine pour le moins "baroque" où les traditions républicaines ont été quelque peu bousculées…

Les trois corrections d'Emmanuel Macron

Petit a : corriger la remise en selle de sa Première ministre. Ni prise de parole, ni communiqué officiel, c’est à peine si Emmanuel Macron l’a évoquée lors des deux pots de fin d’année, à l’Élysée mardi et au ministère des Relations avec le Parlement mercredi soir. En maintenant Élisabeth Borne à son poste via des "off" de son entourage dans différents organes de presse, le président de la République a volontairement ou non - mais le doute reste permis… - donné le signal qu’il ne souhaitait pas totalement renforcer la cheffe du gouvernement. Pire, peut-être s’est-il lui-même tiré une petite balle dans le pied, en donnant une bonne raison à sa Première ministre d’insister pour vouloir mettre sa patte sur le remaniement à venir.

Les premiers mots d’Emmanuel Macron ce vendredi matin avaient, semble-t-il, vocation à réparer ce qui devait être un malentendu : le chef de l’État a expliqué qu’avoir nommé Élisabeth Borne il y a un an avait été "un choix fort, pas seulement symbolique" et a assuré avoir "réaffirmé avec clarté sa confiance à la Première ministre" en début de semaine. Ce n’est pas le cas ; mais c’est déjà ça de pris pour la locataire de Matignon, assise en face de lui, tout à fait consciente qu’elle demeure, plus que jamais, un fusible déjà à deux doigts de sauter.

Petit b : corriger les espoirs de "grand soir" qu’il avait lui-même suscités. Nous sommes donc au lendemain des "cent jours", cette période de transition après la crise politique engendrée par les retraites, et cela vous avait échappé, c’est tout à fait normal. En utilisant ce concept, intégré à son discours d’avril à la toute dernière minute, le président s’est lui-même enfermé dans un récit avec lequel il a peiné à composer. Cela a été suffisamment dit, raconté, écrit : Emmanuel Macron n’aime rien plus que sa liberté, quand bien même c’est Emmanuel Macron qui la lui retire et lui impose des dates butoirs. "On voit bien que la séquence l’enchante, on est sur un gros enthousiasme de son côté…", grince avec ironie l’un de ses conseillers officieux. "Il ne voulait pas faire de changements avant le 14 juillet, il ne voulait pas qu’on lui pose des questions pénibles sur les cent jours, tout cela le gonfle !", analyse un autre de ses interlocuteurs réguliers.

Devant les membres de son gouvernement, le chef de l’État a alors décliné le programme des semaines et des mois à venir, et notamment quatre axes qui constituent le cap de l’exécutif : l’emploi (la réindustrialisation, la baisse du chômage) ; le progrès (les services publics, l’éducation) ; la planification écologique et enfin l’ordre républicain. Soit, peu ou prou, les quatre grands piliers sur lesquels reposait sa campagne présidentielle. Et si Emmanuel Macron a mis sur la table les urgences de l’été (la reconstruction après les émeutes, la sécheresse, le pouvoir d’achat, l’accès à la santé) et donné les Jeux Olympiques comme horizon dans lequel "projeter le pays", son cap sonne davantage comme une confirmation que comme une révolution. Le temps des grands chambardements, des hommes et des femmes, comme du programme, n’est pas encore arrivé. Que cela soit dit, et bien dit, quoi de mieux qu’un conseil des ministres télévisé pour le faire.

Petit c : corriger les erreurs du passé. Certes, Emmanuel Macron a procédé à ce qu’un conseiller ministériel appelle un "reminima" - un remaniement… a minima - mais il est hors de question pour lui de se retrouver avec les mêmes errements connus durant un an. Cela a donné l’un des passages les plus surprenants de ce conseil des ministres public-privé : le président prenant à témoin les Français devant leur poste de télévision pour mettre une légère pression sur ses ministres, quant à leur travail et leur comportement. Maîtres-mots : exigence et exemplarité.

"Il est attendu des membres du gouvernement d’être à la tâche, vous êtes regardés dans tous les détails de votre action et de vos vies […] Les ministres dirigent leur administration. Être ministre, ce n’est pas parler dans le poste, c’est mettre en oeuvre des décisions qui correspondent à une stratégie, une politique que mène la Première ministre", a-t-il martelé, au sens propre comme au figuré, en tapant littéralement du poing sur la table du Conseil. Des conseils aux airs d’avertissements, après les difficultés connues notamment par Pap Ndiaye à l’Éducation ou François Braun à la Santé. Les nouveaux entrants auront tout l’été pour réviser, les reconduits pour se mettre au niveau.

Cette vraie-fausse adresse aux Français, par salle des fêtes de l’Élysée interposée, constituera-t-elle la seule déclaration du président de la République ? Dans son entourage, on semble penser que non : Emmanuel Macron pourrait, d’ici à son départ pour la Nouvelle-Calédonie, s’exprimer à nouveau pour, cette fois, non pas clore la séquence "pour la machine journalistique", dixit l’un de ses proches, mais pour "aller dans les racines du pays". "Il faut qu’il soit original, il y en a ras le bol de faire toujours la même chose, plaide l’un de ses interlocuteurs réguliers. La question est : qu’est-ce qu’on propose de faire pour et avec les gens ? Aujourd’hui, ce n’est clair dans la tête de personne." Cela ne peut assurément pas s’intégrer dans la logique de "continuité" promue par le chef de l’État. Il ne s’agit plus là de corrections à effectuer, mais d’un vrai nouveau défi à relever.

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