#SayHerName
Dimanche 22 juillet, 21h45. Nia Wilson et sa grande sœur Lahtifa, deux jeunes femmes noires de 18 et 26 ans, attendent leur correspondance sur le quai d’une station de train d’Oakland, dans la baie de San Francisco. Un homme s’approche alors d’elles, poignarde la plus jeune avant de blesser l’autre. Nia décède sur le lieu du crime, avant même d’être emmenée à l’hôpital. Il faudra attendre le lendemain pour qu’un certain John Lee Cowell, un homme blanc de 27 ans, soit arrêté par la police. Un délai que beaucoup ont jugé trop long. « #BART [le nom de la compagnie de transport, ndlr] arrive à attraper des usagers qui n’ont pas payé leur ticket, des jeunes artistes qui font des graffitis, et devrait arriver à attraper des meurtriers », a commenté sur Twitter Kehlani, chanteur natif de la ville californienne.
#BART manages to catch riders who haven’t paid ticket fair, young graffiti artists, you can catch a murderer. give her family some peace and get a murderous white supremecist off of oakland streets.
— Kehlani (@Kehlani) 23 juillet 2018
Un autre élément de l’affaire a suscité la colère des Américains. Le meurtre aurait-il été motivé par la couleur de peau de la jeune femme ? De nombreux détails concernant le crime – qui s’est déroulé en l’espace de 20 secondes, selon les agents présents dans la station au moment des faits – montrent que la victime n’a en effet pas provoqué son agresseur, qui a surgi de nulle part. « Il souffre de bipolarité et de schizophrénie […] Il vivait dans la rue et ne recevait pas le traitement adapté », a justifié la famille de ce dernier dans un communiqué. Des excuses pas suffisantes pour la majorité.
De nombreux médias américains ont profité de cette histoire pour rappeler un problème d’ampleur : le traitement des crimes par la police, plus particulièrement de ceux perpétrés envers les Afro-américains. Pour le Washington Post, trois journalistes ont mené l’enquête : « Au cours des dix dernières années, près de 26 000 meurtres commis dans de grandes villes américaines n’ont pas été résolus. Parmi ces derniers, 18 600 – presque les 3/4 – ont été commis sur des personnes noires », pouvait-on lire en tête de leur article. Des chiffres édifiants qui montrent le double-standard dans la gestion de ces affaires criminelles par les forces de l'ordre. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnalités hollywoodiennes ont exprimé leur colère.
You know.....at what point will it stop? I'm getting tired of the heartbreak. Tired of needing to organize rally's to convince people that our lives matter. To the killer...I will NOT say your name. To Nia...we will shout yours from the rooftops!!! pic.twitter.com/2i03JfCQgS
— Viola Davis (@violadavis) 25 juillet 2018
« Est-ce que cela va finir par s’arrêter ? Je commence à être fatiguée d’avoir le cœur brisé. Fatiguée de devoir organiser des manifestations pour convaincre les gens que nos vies ont de la valeur », a déclaré Viola Davis sur Twitter. Anne Hathaway a quant à elle choisi de s’adresser aux personnes blanches, rappelant leurs privilèges et soulignant que « toutes les personnes noires ont peur pour leur vie quotidiennement aux États-Unis. Et c'est le cas depuis des générations. »
Cette affaire a fait ressurgir le mouvement #SayHerName, lancé par l’African American Policy Forum en 2015 suite à l'affaire Sandra Bland – retrouvée pendue dans sa cellule de prison trois jours après son arrestation, pour avoir oublié de mettre son clignotant. Des manifestations avaient été organisées pour dénoncer une interpellation jugée arbitraire et contester la version officielle de son suicide. Le hashtag a pour but de dénoncer les violences subies par les femmes noires aux États-Unis, dans la lignée de Black Lives Matter.